dimanche 19 décembre 2010

Jeudi 16 - Vendredi 17 décembre 2010

4 mois plus tard, moins une semaine. Même aéroport. Mêmes emmerdes. Toutes mes excuses pour ma grossièreté, mais les trucs qui volent appelés avions n’invitent pas toujours à la douceur. Ni à la zen-attitude.


Résumons-nous : je réserve un vol une semaine plus tôt pour pouvoir rentrer en France dire au revoir à ma grand-mère. Jusqu’ici, rien d’insensé - si ce n’est sa disparition, qui reste lointaine et surréaliste. Légère inquiétude tout de même quant à mon premier vol qui décolle de State College, soit la destination qui m’avait valu de passer 9h de plus que nécessaire au charmant aéroport de Philadelphie le 24 août dernier. L’intuition se confirme 5 minutes avant d’arriver à SC, hier après-midi, lorsqu’US Airways me gratifie d’un message vocal m’informant d’un retard estimé à 2h. Je devais décoller à 15h59, arriver à 16h49, et m’envoler enfin pour la France à 18h15. Vous ferai-je le récit de l’angoisse doublée d’exaspération, ou celui de la patience teintée d’épuisement naissant, qui m’étreignirent en ces instants ?... Va pour la patience. Arrivée à l’aéroport, direction la queue déjà conséquente qui se presse, anxieuse, devant les guichets. Une heure plus tard, j’étudie les possibilités avec une employée dont la patience servirait de leçon à n’importe quel passager contrarié. Debout toute la journée à pianoter sur un clavier pour recaser des inconnus sur des vols multiples et variés. J’admire.


Que faire une fois arrivée à Philadelphie (parce qu’il ne servirait à rien de revenir demain. Tous les vols depuis State College sont complets) ? Paris ? Tous les vols qui battent des ailes vers la « cité de l’amour » s’amusent à la simultanéité. Pourquoi ne suis-je pas partie de New York ?... Bruxelles ? 250€ de plus pour avoir le privilège d’être accueillie en territoire belge. Non merci. Ah, le retard est réévalué à 50 minutes. Je prends le risque, j’aurais peut-être le temps de courir attraper mon avion. Que nenni. Passée la sécurité, dix minutes s’écoulent, chargées d’espoir fou... « Le vol numéro 3718 à destination de Philadelphie est annoncé pour 17h30 ». Le temps qu’ils le garent et que tout le monde monte dedans... L’avenir s’assombrit. Ou non ? Le vol pour Paris est annoncé avec du retard, lui aussi. La tension est à son comble. Il n’y a plus qu’à attendre, et prier. Deux activités très en vogue dans les aéroports...


... Comme si monter dans un planeur suffisait à ce qu’il décolle. Quelqu’un pourrait-il aller me chercher Orville, l’albatros de Bernard et Bianca ? Même lui serait plus efficace avec ses lunettes de bouffon et ses atterrissages catastrophiques. Mes compagnons passagers et moi avons dû attendre 1h encore pour que le coucou se mette en

route. Je me suis endormie, réveillée seulement par une douce musique : « Nous commençons notre descente sur Philadelphie... ». Une magnifique vue de nuit sur la ville par le hublot vient mettre un peu de baume à une journée qui avait mal commencé - non seulement par les soucis de retard, mais aussi avec les au revoir émus à certaines personnes que je ne reverrai peut-être (sans doute ?) jamais. L’avion n’en finit plus d’atterrir, et je rallume mon téléphone pour vérifier l’heure : 19h13. Oups. Je dirais même plus : merde. Sortons, sortons vite. Courons, courons vite. Pour rien, évidemment. Le temps d’aller du terminal F au terminal A, nous nous retrouvons tous brebis égarées et sans ailes. Que faire ? Mais pardi, la queue ! Encore et toujours la queue ! Toute l’Europe s’est donné rendez-vous aux « Special Services » d’US Airways : qui pour la France, qui pour l’Ukraine, l’Italie, l’Espagne, ou même les Bahamas (d’accord, des îles pas vraiment européennes, mais bref)... Special Services indeed ! Une mère et son fils ont accaparé une des deux employées présentes pendant 2h, pour rentrer en Ukraine, pays apparemment très peu desservi. Au rythme d’un quart d’heure minimum par client, c’est dire à quelle vitesse nous sommes passés du statut de brebis égarées à escargots sédentaires. Près de 4h plus tard, c’est mon tour. En moins de dix minutes, j’apprends qu’une place a été trouvée pour moi sur un vol Delta, le lendemain à 18h40. Non, je ne tuerai personne ce soir. A ce stade, le soulagement d’avoir trouvé une issue de secours devance la colère, dans la course aux émotions liées à l’attente. C’est probablement ce qui empêche les aéroports de sombrer dans le chaos. Les consommateurs finissent par seulement supplier qu’on les libère des files d’attente qui serpentent en virages serrés.


L’aventure ne s’arrête pas là. Il est plus de 23h30, et j’ai plus de 17h à tuer avant mon décollage - que je considère encore hypothétique. L’option hôtel ne sonne pas particulièrement irrésistible à l’oreille de mon portefeuille, mais c’est compter sans l’esprit de solidarité qui s’instaure entre êtres humains cloués au sol contre leur gré. Une jeune femme russe accepte de partager les frais d’une chambre avec moi - parce qu’ils ne paieraient pas pour l’hôtel, vous comprenez, c’est la faute à Voltaire, et puis à la météo aussi. Le temps d’attraper une salade pour remplir nos estomacs vides depuis le déjeuner et d’appeler le numéro qui nous redistribuera dans un hôtel proche, nous nous retrouvons dans une navette sur l’autoroute qui mène au sommeil. Je n’en reviens pas d’avoir le postérieur posé sur un siège. Mes talons non plus. Le chauffeur n’en finit plus de jacasser, avec un enthousiasme délirant à une heure pareille. Remarquez que cela fait plaisir d’obtenir des réponses à toutes vos questions avec un sourire enjoué. La chambre est propre, deux (presque) grands lits, de l’eau chaude dans la salle de bain, nous n’en demandions pas davantage. Vers 1h, je m’écroule, non sans un petit mail direction la France pour renseigner mes chers parents de mes allées et venues.


Et me voilà, une bonne quinzaine d’heures plus tard, assise près de la porte D16, terminal E, à attendre d’embarquer pour de bon. J’ai dormi tellement profondément ce matin que je n’ai pas entendu ma voisine quitter la chambre plus tôt. J’ai demandé à la navette de me déposer au même terminal que la veille, histoire de m’enquérir du sort de mon bagage de soute. Je le récupère sans grand mal, et attrape la navette même des employés de l’aéroport pour déménager mes quartiers au terminal E, celui des vols Delta. Vous suivez ? L’enregistrement se fait sans embûches, je suis bien confirmée sur ce vol, blablabla. Détour par Skype avant la sécurité. Débarrassons-nous de la bouteille d’eau, de la ceinture, des chaussures, du manteau, sortons l’ordinateur de la valise. Ah, tout seul l’ordinateur dans un casier rien que pour lui ? Décidément, je ne passerai jamais l’exam des détecteurs de métaux parfaitement. Que faire maintenant ? Attendre. Ordinateur. Skype. Conversation à sens unique parce que je n’entends rien. Attendre. Ordinateur. Film. Attendre. Je connais à présent ma porte (d’embarquement). Déménage à nouveau. M’assois. Ordinateur. Traitement de texte. Récit des péripéties des dernières heures. Attente. Patience. Tout près du but.

lundi 13 décembre 2010

Nuit blanche

La nuit s'étire. Je ne sais pas bien ce que je vais raconter, je n'ai plus les yeux en face des trous. Et pour cause. Il est 5h37, je ne me suis pas encore couchée et ne me coucherai pas. Mère, ne fronce pas trop les sourcils. Ta fille spécialiste de la dernière minute a été rattrapée par le temps, pour une fois. Il est 5h38, et je n'ai pas fait la moitié de mon devoir à rendre à 13h cet après-midi. Bonjour l'angoisse ? Pas vraiment. A 5h39, il n'y a plus la place dans un cerveau brumeux et des muscles fatigués pour l'énergie du stress.

Il a commencé à neiger sur les toits d'Huntingdon. Je n'aurais pas cru qu'il neigerait d'abord en France, et en plus grande abondance encore ! Je m'attends tout de même à l'hiver le plus froid que j'aie connu, dès mon retour en janvier. Les semaines ont filé, et les derniers examens approchent. Mon esprit barbouillé tente de compter tout ce qui lui reste à encaisser avant les fêtes. Les deux "papers" pour vendredi dernier : check. Le portfolio d'allemand avec un tas de trucs ennuyeux dedans : check. Le "paper" de media analysis pour demain : mi-check, autant dire pas check du tout. Examen d'histoire de l'art mardi : par-dessus la check, et la jambe aussi. Examen de com vendredi prochain : pas check du tout, mais deux jours pleins pour réviser en perspective. Et pour finir en beauté, "paper" d'histoire russe sur les méandres poutinesques : encore moins check, bouquin de 200 pages à engloutir avant de pouvoir écrire une ligne. Contrariant. Mais j'aurai tout un week-end de solitude dans un campus en grande partie vidé de sa population pour m'y consacrer. Doublement contrariant. Le silence va faire tout drôle. Enfin, s'il neige, je me sentirais comme à Pétersbourg, et avec un peu de chance, me glacerai d'inspiration. Ma plume glissera alors sur le verglas de ma pensée et explorera les flancs escarpés d'un papier glacé de Sibérie pour tenter de comprendre quelque chose à l'histoire slave. Le feu sous la glace, la métaphore leur va bien, non ?

5h49. Et je trouve le moyen de faire des phrases alambiquées, simplement pour dire que le pétrole russe me casse les pieds d'avance. En attendant, mon "paper" urgent pour tout à l'heure rappelle à l'ordre mes méninges passablement épuisées. Le moment est venu de retourner pédaler dans la choucroute. Sans mentir, je pédale vraiment. Et pour ceux qui ne le savaient pas encore, je n'ai guère le goût de la bicycleeeeetteeeuuuhh que chante Montand. C'est dire si la nuit a été longue...

dimanche 12 décembre 2010

Un palmier sous la pluie

Il est tout chaud, il vient de sortir du clavier ! Grâce au blog, je m'y remet après presque un an sans rien produire.



Un palmier sous la pluie

Mais que fais-tu là ?
Sous ces latitudes
Pourquoi ce climat
Ce pays si rude ?

Tu t’es exporté
Sur un coup d’audace
Pour la liberté
Les nouveaux espaces

Que veux-tu prouver ?
Pourquoi t’obstiner ?

Tu t’es planté là
Et puis résultat
Te voilà
Battu par les vents
Courbé en avant
Te voilà
Nu devant l’orage
Seul face aux nuages

Les gouttes de pluie
Mouillent ton habit
De soleil
Comme un parapluie
Tes palmes se plient
À merveille
En terre ennemie
Tu as fait ton lit

Mais pourquoi rester ?
Pourquoi espérer ?

Tu n’as pas d’ami
Rien à faire ici
Tu subis
Beaucoup trop gentil
Tous ces abrutis
Tu oublies
Tes frères au pays
Donnant plus de fruit

Volée de bois vert
Tout part de travers
Tu ondules
Typhon, ouragan
Temps extravagants
Tu bascules
Force insoupçonnée
Souplesse incarnée

Que veux-tu montrer ?
Comment t’imiter ?

Moulin végétal
Flexibles pétales
Ne jamais
Céder de terrain
Fine silhouette
Ramures coquettes
Ne jamais
Céder au chagrin

Moi quand je m’affale
Quand j’ai trop de mal
Je respire
Tes longs éventails
En pleine bataille
Je m’inspire
Du palmier qui luit
Luttant sous la pluie

Jean Haguet, décembre 2010



jeudi 9 décembre 2010

Ah ben... et mon avion alors ?!?!

Mais qu'ont-ils avec les avions en ce moment ? Voilà-t-y pas que Blogger (fournisseur de ce blog) nous retire l'avion qui nous servait d'image de fond !! Que la neige empêche les avions de décoller, on le comprend. C'est déjà plus crédible que le volcan islandais à qui on n'avait rien demandé. Mais même dans le monde virtuel, on n'est plus tranquille !

Il faut dire que dans le contexte espagnol des derniers jours, cela ne manque pas de sel. Vous avez sans doute vu et entendu que l'armée espagnole était allé chercher les contrôleurs en grève sauvage dans un hôtel de standing par la peau du (voilà.... du dos, c'est ça !). Moment d'intense bonheur, délicieuse revanche sur tous ces grévistes fumistes qui nous brisent le potiron dans diverses géographies à travers les âges !! Tout fonctionnaires qu'ils sont, ils gagnent 350k€ en moyenne en travaillant deux fois moins que moi, alors forcément cette savoureuse sensation de les savoir de nouveau au travail est d'autant plus justifiée. Ayant poussé le bouchon trop loin, les voilà piégés par leur boulimie statutaire et financière. Ils se plaignent aussi de ne pas être assez nombreux. Forcément, à ce niveau de salaire... Il paraît aussi qu'ils sont stressés, les pauvres lapins. A leur place, je me sentirais plutôt reposé et rassuré sur mon avenir... Non ?


Nous avons prévu notre transhumance bi-annuelle le 22 décembre. Le gouvernement espagnol a évoqué la possibilité de prolonger l'état d'alerte au-delà du 15 décembre. Cela arrangerait bien nos affaires. S'ils pouvaient aussi déclarer l'alerte le jour du retour, ce serait sympa, merci bien. Mais c'est peut-être trop demander ?... Je suis stressé... Je vais me mettre en grève. Et elle sera sauvage aussi, là ! Ren-dez-nous nos-avions !

(légende du dessin : "Le virus de la grève a déjà atteint l'aéroport... Comme tous les étés". "Vol annulé !" "Vol retardé !")

mercredi 8 décembre 2010

Au programme...

France, ô mère patrie, je serai de retour dans un peu plus de deux semaines.

En attendant, une fin de semestre pour le moins occupée s'opère à l'instant où je vous parle : quatre "essays" (des dissertations, plus ou moins) à rendre dans les jours qui viennent, un examen final écrit et oral en com, et un autre en histoire de l'art... Pas de quoi s'affoler, même si mon cerveau crie grâce après plus de deux heures à plancher sur la révolution russe afin de pondre 5 ou 6 pages de blabla sur la tragédie qu'elle a constitué pour l'ensemble de ses acteurs. Saviez-vous que 10 millions de personnes étaient mortes en Russie entre 1920 et 1924 seulement ? Imaginez toute la région parisienne rayée de la carte d'un seul coup... cela fait drôle, non ? Tragédie apparaît un mot bien faible pour décrire l'ampleur du désastre généré par la guerre civile, la révolution, couronnées par une famine carabinée qui venait conclure 30 années de chaos chronique (chaos dont le point de départ, rappelons-le, s'appelait également famine, en 1891-1892, avec quelques 500 000 victimes à la clé). Une catastrophe, vous dis-je. Où que soit la Russie aujourd'hui, elle (re)vient de loin... Sur ces bonnes paroles chargées d'optimisme envers le genre humain, bonne nuit.

P.S : Je sais que mon récit de Thanksgiving se fait attendre (impatiemment, n'est-ce pas ?:D). Toutes mes excuses, je tâcherai de m'y atteler entre deux récits sur Poutine, Lénine, Staline, et consorts(ines) !

lundi 6 décembre 2010

Adolescence (suite !) ;-)

Magnifique ton poème. Les images sont très fortes et on sent beaucoup de sincérité. La poésie devrait toujours faire vibrer nos émotions comme des notes sur les cordes d'un violon : si le poème est sincère, on sent bien notre âme chanter au dedans !

Pour faire pendant à ton poème, en voici un que tu connais mais que je partage pour nos lecteurs poètes  ;-)

Tout comme il faut un peu de technique pour tirer le meilleur du violon, il en faut bien aussi pour la poésie. Tant qu'elle reste cachée ; comme évidente à la première lecture. Dans celui-ci, j'ai mis des vers de 13 pieds, le nombre symbole de l'adolescence (sais-tu que "teenager" vient du fait que l'âge de l'adolescence correspond aux nombres se terminant par "teen" ?). Un vers de 13 pieds, c'est comme un alexandrin bancal, maladroit, mal sur ses pieds comme en l'on est à l'adolescence...

Mon adolescence est dans le placard

Un jour, de passage dans la chambre du passé
Des gestes réminiscents me menant au hasard
J’ouvris une porte de manière inopinée.
Dans un grincement, dans l’évent d’odeurs oubliées
Je vis surgir mon adolescence du placard.

Cravates démodées,
Nœuds papillon froissés,
Chaussettes en jacquard,
Foulards un peu ringards,
Souvenirs touchants d’une maladroite élégance.

Textes nés en cachette,
Reliquats de bluettes,
Lettres abandonnées,
Visages oubliés,
Témoins émouvants d’une autre et antique existence.

Doux berger des objets bien rangés dans le tiroir
L’ours en peluche bras en croix figé dans le temps
Gardait les yeux ouverts sur ce coin de ma mémoire.
Et le meuble renvoyait à travers son miroir
L’image étonnée d’un homme resté un enfant.

Bris d’avions en maquette,
Vieux boutons de manchette,
Auto-collants variés,
Médailles emmêlées,
Reflets troublants d’un étranger sorti de l’enfance.

Ecrits d’un cœur en miettes,
Amours insatisfaites,
Des mots un peu criards,
Des relents de cafard,
Rappels amusants de vaines et naïves souffrances.

Tout était là, devant moi, vérité retrouvée
Sentiments retournant au lit frais de leur rivière
Douloureuse marée sur ma mémoire asséchée.
Moi, versant quelques larmes sur les fruits du passé
J’en goûtais l’amer sucre aussi ambigu qu’hier.

Jean Haguet, juillet 2009

vendredi 3 décembre 2010

Mes excuses par avance si vous n'y comprenez goutte...

Puisque l'heure est à la poésie, je tente ma chance avec quelques vers. Mes chers parents apprécieront, ils n'ont jamais lu une ligne des quelques poèmes que j'ai composés. Nulle recherche côtés syllabes, n'étaient-ce les rimes ici et là. Pas d'alexandrins, de décasyllabes, octosyllabes à l'horizon, ni autres contraintes formelles, juste l'inspiration d'un jour ! Toute réaction est la bienvenue, soyez sans pitié ! :D


Adolescence



L’envol est pris, la brise l’emporte,

Le cœur inonde chaque feuille morte,

Le temps a repris sa course, ravi,

Et la source pleure d’être tarie.


L’enfant n’est plus, place à l’orgueil,

Il jaillit, il danse, il exulte, et accueille

Sa liberté nouvelle ; ses yeux s’abreuvent,

Ses lèvres effleurent le monde.


La tempête est soudaine, le sang afflue,

En un torrent bouillonnant.

L’amour en marche, le cœur l’a cru,

Des ruines émerge un fil d’argent.


Lorsqu’il se rompt dans un orage de douleur,

L’âme se plante le nez au ciel et hurle :

« Mais j’existe ! », dernier élan de candeur.

La colère déchire le jeune crédule.


Il tranche dans le vif mais l’énigme persiste,

L’enfant n’est pas mort et chante sa peine

Et l’oreille se tend pour l’écouter comme il insiste.

Emu, l’arrogant remonte sur scène :


« Ta musique résonne en moi telle un sanglot,

M’enseigne combien encore je suis petit,

Humble enfin devant la vie, devant le beau,

Tes mots et mon souffle respireront en harmonie. »


© Clémence Houriez (2007 ou 2008, probablement)


jeudi 2 décembre 2010

Amis poètes, bonjour !

¡Cuanto tiempo! Long time no see! Ou plutôt : Long time no write! J'ai été encore moins assidu que toi sur ce blog. Cela montre que partager l'écriture la stimule.

Ce matin, une demande de l'un de nos lecteurs m'a surpris. Ce lecteur veut voir de la poésie ! Peut-être n'était-ce pas le but initial du blog tel que je le voyais mais, après tout, la poésie est un merveilleux vecteur pour partager ses pensées.

C'est aussi un art très formateur pour l'écriture ; de l'exigence qu'elle impose jaillissent la quintessence, la densité, l'indispensable union du fond et de la forme.

Commençons par une forme classique que nous connaissons tous pour avoir dû peiner à les apprendre en cours de français, une heure après des exercices sur les intégrales et une heure avant des expériences sur l'amidon cuit. Souvent, par conséquent, sans en goûter vraiment tout le miel. Le sonnet est formé de deux quatrains et de deux tercets, soit 14 alexandrins.

Il a été utilisé à partir de la Renaissance et jusqu'à la période romantique. Devenu trop classique, son exigence formelle finit par l'emporter sur le fond. La fin du XIXème a constitué une rupture révolutionnaire, apportant de nouvelles formes de poésie. Par exemple, Rimbaud montre bien qu'il se situe à la charnière. Sorti de la gangue classique, il innove tout en restant fortement marqué par l'alexandrin. Son alter ego, Verlaine, se fait l'apôtre du vers en 7 pieds ("Les longs violons de l'automne...") pour briser les chaînes devenues dictatoriales de l'alexandrin. Hugo, plus vieux, n'en est jamais vraiment sorti mais le mouvement poétique était si naturel en lui qu'il aurait pu faire des merveilles sous n'importe quelle forme.

Cela étant dit, rien ne nous empêche de retourner à la source du sonnet pour y puiser cette douce beauté classique de la langue. Voici en tout cas une de mes tentatives, qui a presque 20 ans. ¡Aprovechad! Enjoy!

L’oiseau miraculé

L’oiseau transi blotti au tréfonds de mon cœur
Ton sourire l’a caressé, l’a rassuré.
Doucement, tu lui as redonné une ardeur
Et aux ailes blanches la force de voler.

Yeux écarquillés, ailes déployées, il part.
Le temps laissant sa marque, il était engourdi.
Ivre de liberté, il plane quelque part
En moi. Il ne croyait plus, et tu as souri.

Empli de ciel bleu et de bruissement d’ailes,
Mon cœur s’est envolé, comme un miraculé,
Comme un paralysé se remet à marcher.

L’oiseau trace des lignes d’amour dans le ciel,
Y pose les notes de son chant retrouvé,
Musique de louange à qui l’a libéré.

Jean Haguet, février 1991


Un petit point de technique pour les amateurs : la diérèse est la possibilité de dissocier une syllabe qui contient deux voyelles pouvant être lues indépendemment. Ici, "bruissement" contient 4 pieds car la syllabe "bruis" peut être lue "bru-is". Au-delà de la liberté qu'elle procure, la diérèse permet d'ajouter un effet sonore poétique : ici, elle évoque le mouvement d'aile de l'oiseau et le son délicat qu'il produit. Prononcez le mot des deux manières, vous verrez...  ;-)

mardi 23 novembre 2010

Thanksgiving 1er round


Thanksgiving break. 5 jours de pause bien mérités pour célébrer la générosité des Indiens avec les premiers colons. Traduit par "l'action de grâce", le 3ème (ou en l'occurrence 4ème) jeudi de novembre est chaque année consacré à un hommage rendu à l'entente première entre autochtones et étrangers fraîchement débarqués sur les rives du Nouveau Monde. Tout ceci bien sûr avant les couvertures contaminées et la gnôle empoisonnée... Quelle que soit l'ironie liée à la fête, je ne me plains pas de ces quelques jours de vacances. Et avant de me rendre chez Becca, une Américaine, avec les trois autres Françaises présentes sur le campus, j'ai eu droit à un avant-goût de la corne d'abondance sonnée ces jours-ci avec un repas de Thanksgiving prévu pour les internationaux.

Charmante idée en théorie. Jusqu'à ce que je me pointe au Oller Center - bâtiment qui abrite les services internationaux - et croise Nathan, dont je vous passerai les titres parce que je ne les connais point, qui se trouvait en panne de mains serviables pour l'aider à préparer le dîner en question. Serais-je libre à 16h30 ? Bien sûr, comment pourrais-je refuser d'étaler mes talents d'éplucheuse de patates ? L'idée ne m'a même pas effleurée. De toute façon, j'étais coincée, je n'avais pas compris sa question précédente et venais de lui dire que je comptais venir au repas... Cela m'apprendra à prétendre comprendre l'anglais. Le rendez-vous pris, je me suis empressée de demander main forte à Cyrielle, histoire de joindre l'utile à l'agréable, à savoir faire salon tout en épluchant, râpant, hachant, mitonnant, et... mangeant. J'ai mieux compris le cri de désespoir de Nathan (bon, expression un peu trop mélodramatique, quand on le connaît ; l'individu est plutôt du genre placide) quand j'ai vu la pile de 15kg de pommes de terre qui attendaient gentiment que nous réglions leur sort. Et avec un seul économe pour trois, s'il vous plaît.

Une, deux, épluche, épluche, tranche, tranche, lave-toi les mains, épluche, épluche, tranche, tranche, nettoie vaguement une coupure inopportune sur ton index... Je n'ai pas compté les potatoes, pas le temps, il fallait passer à la farce à mettre en petites boules - allez savoir pourquoi - et au four, avant de s'attaquer aux pumpkin pies (tartes à la citrouille). L'avantage chez la plupart des Américains, c'est que les desserts sortent de jolies boîtes. En l'occurrence, des boîtes de conserve pour la citrouille et le lait condensé, un mélange rapidement effectué avec une tonne de sucre et épices, avant de les verser sur des pâtes à tarte industrielles. Léger souci : cela faisait déjà deux heures et demie que nous travaillions, il était environ 19h, le dîner était prévu à 18, et les tartes avaient besoin de cuire pendant une heure. Vous suivez ? Ah, j'oubliais presque... il y avait 4 tartes pour un four qui ne pouvait en contenir que deux à la fois. Bref, autant dire que nous avons d'abord servi le salé et au final, seulement le salé. Les pommes de terres assassinées avaient pris la forme d'une savoureuse purée qui, ma foi, en valait bien la peine. La dinde quant à elle avait cuit bien sagement pendant un peu plus de trois plombes.

Le jeu en valait l'épluchure, tout le monde s'est régalé. Une majorité d'Asiatiques s'étaient pointés au dîner, accompagnés par les British et autres Hispanophones. Tout a disparu en un rien de temps, mais peu ont goûté aux fameuses tartes qui ont continué à cuire un moment. Entretemps, Kati, la responsable du service international, était venue au secours de Nathan pour superviser les fins de cuisson et le nettoyage de la cuisine. En bons petits soldats qui se respectent, Cyrielle et moi sommes revenus finir la vaisselle, et testé la pumpkin pie au passage - pas ma tasse de thé, non point ! Nous avons finalement regagné nos pénates l'estomac plein et satisfaites d'avoir mis la main à la pâte, dans tous les sens du termes. Encensées de moults remerciements de la part de Nathan : "Je n'aurais pas pu m'en sortir sans vous." "Tout le plaisir était pour nous." Ou presque, je n'ai plus de pieds. Mais puisqu'il s'agit de célébrer la générosité, je les sacrifie gaiement, quitte à avoir une démarche de dinde sur le chemin du retour... Happy Thanksgiving :)

jeudi 18 novembre 2010

Movie night

J'ai renvoyé aux oubliettes l'imbroglio complexe de la révolution russe pour me concentrer sur un autre de mes hobbies. L'heure était au cinéma ! Ce soir, il a pris l'énigmatique nom de Blind Side. Titre qui fait référence au rôle d'un joueur de football américain assigné à une position particulière en attaque. Je ne connais pratiquement rien au football américain, si ce n'est les règles de base, et ne tenterais pas de me lancer dans un vain exposé sur le pourquoi du comment de ce sport. Brutal, pour le moins, mais néanmoins susceptible de vous donner quelques frissons - notamment par le truchement de la ferveur des supporters...

Résumons : une riche mère de famille doublée d'une femme d'affaire déterminée (et blanche) du Tennessee accueille sous son toit Michael, une nouvelle recrue de l'école de ses enfants issue des bas quartiers de Memphis. Un adolescent Afro-Américain, sans domicile ni famille, entré dans les rangs de cet établissement chrétien non grâce à la charité de ses dirigeants, ou si peu, mais après que le coach de l'équipe de football ait vu un certain potentiel à son mètre quatre-vingt treize et ses cent allez-savoir-combien de kilos. Nul ne se préoccupait de savoir s'il avait un toit sur la tête en dehors des murs du lycée. Jusqu'à ce que cette femme décidément déterminée l'invite à partager celui de sa famille. Quelques nuits sur le canapé, et Michael se voit installé dans sa propre chambre. Remeublée pour l'occasion, Leigh Ann, sa bienfaitrice, lui montre sa nouvelle commode, son bureau, et surtout, le grand futon nécessaire au sommeil d'un jeune homme de sa carrure physique :
Michael : Alors, c'est à moi ?
Leigh Ann : Oui, à toi.
Michael : Je n'en ai jamais eu.
Leigh Ann : Quoi ? Une chambre à toi ?
Michael : Non. Un lit.
Il sourit. Elle s'éclipse soudainement pour dissimuler son émotion.

Un film à voir. Un de ceux qui vous redonne foi en l'humanité, qui vous fait penser que l'homme est la plus magnifique des créations. Dans cette histoire, cinq vies ont changé : celle de Michael, et celle des quatre personnes qui lui ont fait (re)découvrir le sens des mots "amour", "famille", "confiance" et les ont compris autrement grâce à lui. Une histoire vraie, qui met aussi le doigt sur des plaies américaines encore ouvertes - le statut des minorités, un passé d'esclaves et esclavagistes encore à vif. Pour une raison inconnue, ce film n'est pas sorti en France, mais il est (normalement) disponible en DVD. Pour ceux qui aiment les histoires porteuses d'espérance pour le genre humain, il s'agit réellement d'un beau film américain, au petit budget qui le protège de certains excès mélodramatiques... a mon humble avis, en tout cas. :)

mercredi 17 novembre 2010

Pensées d'un deuxième soir

Il pleuvine, l'automne pennsylvanien perd de ses couleurs. Lille ne semble tout à coup plus si loin... :)

Merci pour vos messages d'encouragements à la suite de ma bafouille d'hier, je finirais par croire que les tourbillons de mon cerveau constituent matière réellement intéressante pour une plume trop souvent laissée dans l'encrier. Que dire de plus moins de vingt-quatre heures après mes derniers mots ? Je continue à réfléchir à l'Amérique, aux Américains. Je m'interroge sur cette aptitude qu'ils ont à la superficialité dans leurs relations, au dur labeur qui attend quiconque tenterait de se rapprocher plus près de leur apparent enthousiasme. A première vue, on croirait que le sourire qu'ils arborent invite à gratter la surface, à scruter leurs regards brillants, sans s'imaginer qu'ils n'ont peut-être rien d'autre à offrir que leurs dents blanches et quelques minutes de bavardage sans conséquences. Sans en faire une généralité empreinte d'une connotation négative à la française, je n'en reste pas moins surprise de cette découverte, et quelque peu fascinée. Ce fonctionnement m'est totalement étranger. Dépaysement complet. Je croyais que certains films hollywoodiens exagéraient. Peut-être pas, finalement.

Soigner les apparences, oui. Nous le faisons aussi outre-Atlantique, mais je ne peux m'empêcher de penser que le sourire est moins éclatant, et le ton moins enjoué (moins mensonger ?). Il a pourtant quelque chose de merveilleux, cet enthousiasme déroutant: "That's exciting!", "It's great!", "Awesome! It's gonna be so much fun!". L'étranger a l'impression que ses mots comptent, qu'ils ne sont pas seulement entendus, mais écoutés, et suivis d'une réponse sincère. Il croit réellement recevoir quelque chose. Et c'est le cas ! La réaction est sincère. Mais... Pour aller plus loin, c'est une autre paire de dents. Aussi blanches soient-elles (entre les dentifrice, fil dentaire, et autres bains de bouche, on ne se demande plus d'où viennent ces dentitions improbables), pour s'asseoir deux heures dans un canapé et refaire le monde et soi-même, les Américains ne nous arrivent pas à la canine. Dans ce domaine, les Européens n'ont pas leur pareille. Parler de soi, de ses sentiments, de son histoire, ici, je sens que cela ne va pas de soi. Peut-être est-ce ma tendance maladive à vouloir craquer d'emblée la surface et plonger en profondeur sans autre forme de procès, quitte à y aller à l'aveugle, en apnée. Je crois tout de même qu'il y va de leur culture. Et les méandres de mon cerveau ont trouvé là un inépuisable sujet de divagations... Si d'aventure, je m'y cassais les dents, je suis sûre de trouver un remède au pays de la mâchoire parfaite.

Sur ce, bonne nuit, bon courage pour le réveil qui guette déjà les lèves-tôt de l'autre côté de l'océan, et si quelqu'un a une réponse à offrir à mes interrogations... libre à lui de commenter !

mardi 16 novembre 2010

Pensées d'un soir


Si mon expérience étendue de la page blanche m'a servi à quelque chose au fil des ans, c'est bien de ne pas hésiter lorsque l'inspiration se fait jour. Il est une heure du matin, j'ai un examen demain pour lequel je n'ai pas suffisamment travaillé. Qu'à cela ne tienne, j'aurai deux heures après le déjeuner pour y remédier. La dernière minute me définit. Oiseau de nuit pour les mots aussi. Je n'ai que la lumière de mon écran d'ordinateur et le génie de Glenn Gould pour la millième fois au creux de l'oreille pour accompagner... quoi ? J'avais promis une suite à mon court paragraphe vous emmenant à Pittsburgh. Rien n'est venu. Qu'ai-je à faire d'un lieu, fût-il à des milliers de kilomètres de mon univers connu ? Ah... Je vois d'ici des sourcils se froncer, des moues interrogatrices. Quoi, j'oserais rechigner à profiter de la chance qui m'est offerte de découvrir de nouveaux grattes-ciel, des rues où mes pieds ne se poseront probablement qu'une seule fois ? Oui. J'oserais. Je serais bien incapable de vous les décrire, ces rues. Elles ressemblent à d'autres, elles ne me disent rien. Je ne pourrais vous dire que le goût du café Starbucks - le premier vrai café corsé depuis deux mois - et les fous rires partagés avec Marion après une après-midi d'errance proche de la farce à chercher des magasins de vêtements demeurés introuvables. Je ne retiens pas les lieux. Je garde les êtres, les visages, les bribes de conversation les plus infimes qui disent quelque chose de l'autre.

Si j'ai eu l'élan d'écrire ce soir, c'est probablement parce que j'ai eu l'occasion de parler plus de dix minutes et d'autre chose que de la pluie et du beau temps avec trois personnes différentes ces trois dernières heures. Je bachotais mon histoire de l'art depuis une heure et demie dans une salle commune avec Cyrielle qui bouquinait de la finance, du management ou que sais-je, quand Thibaut est venu nous interrompre. Il venait rendre un livre à Cyrielle, il est resté une heure à parler de l'Amérique, des Américains, et du monologue d'Otis dans Astérix Mission Cléopâtre (pour les non cinéphiles, grand moment de l'histoire de la comédie française à consulter sans tarder). Le temps que Thibaut le Français nous quitte, Carlos l'Espagnol avait fait son entrée pour travailler à de la finance, du business ou que sais-je. Ni une, ni deux (enfin, si), Cyrielle et moi avons changé de table, pour parler de l'Amérique, des Américains, de nos incompréhensions fraîchement débarquées du Vieux Continent. A 22h50, l'Ibère déclare : "Je me mets au travail à 23h." Et en Espagnol qui ne se respecte pas, il a tenu parole. J'ai rassemblé mes affaires, décidée à aller me coucher avant minuit. Et le temps que j'aide Cyrielle à rapporter ses affaires dans sa chambre, nous restions debout à discuter à n'en plus finir - allez savoir pourquoi - de l'éducation de nos futurs enfants. Mais la question de la gestion d'éventuels fils quand on vient de familles de filles paraît non seulement pertinente mais cruciale à minuit et à vingt ans. En sortant dans le couloir, je me rapprochais de l'objectif initial visant à regagner mes pénates - avec une heure de retard seulement. Puis le piano est venu sur le tapis, la clarinette qui prend la poussière dans un placard, cette musique qui nous manque, les aptitudes qui disparaissent en deux temps trois mouvements par manque de pratique. La musique des paroles ne perdait, elle, pas en rythme. Mais... Temps mort. Elle avait besoin d'aller aux toilettes. Sinon j'y serais peut-être encore.

Je me demande, je pose la question : qui se préoccupe du délire esthétique des maniéristes quand l'occasion de partager et d'apprendre de l'autre se présente ? Je rentre remplie de l'envie de jouer du piano et chanter, et vide de mes lacunes en matière de perspectives linéaires monocentriques.

Ainsi, une ébauche des personnes qui remplissent ma vie ici. Puisque je ne retiens qu'elles, je tenterais peut-être de vous en parler davantage. Chacune leur tour, pour le plaisir de barbouiller une page de leurs couleurs.

lundi 18 octobre 2010

Fall break in Pittsburgh: retour à la civilisation !

Aujourd'hui, j'ai pris le train avec une Française et un Tchèque. Trois Européens, une réaction. Le train nous a tous ramenés à la maison, avec ses dix minutes de retard et ses tours de roues imperturbables. Léger mal du pays à l'arrivée, soigné par le bonheur d'avoir enfin les pieds dans une ville, une vraie. Des taxis jaunes, des gens qui se promènent dans les rues, des enseignes lumineuses, des restaurants, magasins de vêtements...
Rien de passionnant à raconter pour le moment, nous visitons la ville demain seulement, en attendant, nous profitons du confort d'un véritable hôtel avec une vraie salle de bain rien que pour nous, une vraie baignoire, de vraies grands lits, et même un écran plat... Non, ce n'est pas un 5 étoiles, mais c'était le seul type d'hôtel disponible pour une réservation quelques jours avant notre arrivée. Loin de m'en plaindre, j'apprécie de me doucher dans des sanitaires propres et fermés ! :D
A suivre...

mercredi 29 septembre 2010

21 ans

Mercredi 29 septembre. Ma date d'anniversaire est officiellement dépassée depuis deux heures moins cinq minutes, depuis bien plus longtemps que cela en Europe, et je ne peux pas dormir. Les évènements de la journée défilent dans mon petit cerveau et je pressens que seul le fait de les coucher sur papier pourra me calmer... En fait de papier, je me trouve actuellement devant mon écran d'ordinateur, assise dans la cage d'escalier de ma résidence, de la musique dans les oreilles et mon livre d'allemand à côté de moi, au cas où j'aurai besoin d'un somnifère même après avoir conté mes aventures.
Déjà hier soir, quelques messages me souhaitaient un bon anniversaire... Ils ont été confirmés à mon réveil, lorsque j'ai vu trôner sur mon bureau une douzaine de "cupcakes" au chocolat cuisinés spécialement pour moi par ma colocataire, qui s'empressait de m'adresser un "happy birthday!" enjoué. "Ils sont au chocolat noir, bien noir, comme tu aimes". Un délice, en effet. La photo en témoigne presque à elle seule. C'était sans compter sur les jolies boucles d'oreilles qu'Hannah (ma colocataire) devait ensuite m'offrir, accompagnées d'une espèce de matelas mousse, utilisé communément ici pour rendre les matelas des lits plus confortables. En un mot, la meilleure colocataire du monde venait de donner un sacré coup de boost à un réveil d'abord peu enthousiaste (on ne peut pas dire que je sois vraiment du matin)... :)

S'ensuivent deux heures de cours, avec Cyrielle, une amie française qui ne m'avait pas oubliée non plus, et un déjeuner avec les internationaux où les voeux d'anniversaire ont plu. Un voeu plus étrange, cependant, et même quelque peu perturbant, m'a été adressé par l'université elle-même, au détour d'une carte qui me souhaitait un joyeux 21ème anniversaire. Charmant, jusqu'ici. J'ouvre la carte, et que lis-je ? Les statistiques du nombre d'étudiants qui meurent chaque année à cause de leur consommation d'alcool. Il est vrai que l'âge légal ici pour boire est de 21 ans et qu'il est bon de rappeler à la prudence, mais tout de même, merci pour le message d'encouragement en un jour si particulier. Entre rire et froncements de sourcils, j'engouffre la carte dans mon sac. De retour dans ma chambre, et avant de me lancer dans d'interminables conversations sur Skype avec la France, je vérifie rapidement mes emails. Ô surprise, belle surprise, ma prof d'histoire de l'art a annulé le cours. Je ne m'endormirai pas en amphi aujourd'hui... et attendrai jeudi pour avoir le plaisir, ou le déplaisir, de recevoir ma note au test de la semaine dernière. La journée continue de s'ensoleiller, au propre comme au figuré, puisque la pluie a cédé la place à quelques rayons de soleil en fin de matinée. J'ai ensuite passé deux heures à converser en français, avec grands-parents, parents et soeurs, dont les voeux d'anniversaire m'ont fait très plaisir, avec une légère pointe de nostalgie vis-à-vis de mon pays natal à la clé... de courte durée, je l'avoue. Pas le temps de larmoyer, j'avais rendez-vous avec Nathan, qui coordonne les étudiants internationaux. L'objectif était simplement de faire le point, un mois après notre arrivée. Questions, commentaires, inquiétudes, règles à suivre... Je me suis même vu demander mon âge - histoire de savoir si j'étais autorisée à boire de l'alcool ici ou non, ce à quoi j'ai répondu avec un petit sourire : "21 today". "Happy birthday!" Je ne me lassais pas de l'entendre, décidément.

Vint malgré tout l'heure la plus ennuyeuse de mes mardis, le cours d'informatique, qui fait un tour d'horizon des logiciels à maîtriser vaguement pour suivre le meilleur parcours universitaire possible. Au programme ce 28 septembre : un exercice pratique pour la recherche en bibliothèque. Je ronflais déjà avant de venir. Choisissez un sujet sur lequel travailler, et trouvez un livre qui s'y rapporte, deux articles de périodiques, ainsi qu'un élément Internet. Faites-en une bibliographie détaillée et commentée. Je n'en ai pas fait la moitié en une heure, et aurai tout à terminer par moi-même pour le 15 octobre. Ô joie... Mais rien ne pouvait entamer ma bonne humeur. Excepté le fait de ne trouver personne chez qui me réfugier ensuite. Les trois ou quatre portes auxquelles j'ai frappé sont demeurées closes. N'importe, je suis allée à la bibliothèque répondre à un ou deux mails en attente. Dieu seul sait ce qui m'a pris, les ordinateurs américains utilisent un clavier qwerty. Autant dire un clavier sans les accents et avec la moitié de la ponctuation et le quart des lettre placés ailleurs qu'en France. Le temps que je m'y retrouve, l'heure du dîner avait sonné.

19h, rendez-vous devant Baker, le restaurant universitaire ou paradis du fast-food américain comme on ne l'aime pas du tout. Pour ce soir, ce sera riz au curry et légumes baignant dans la graisse et les épices. Ce n'est pas idéal, mais cela change de la pizza et ce sont les seuls éléments verts qu'on trouve ici en dehors des crudités. La suite des évènements prévoit une séance de cinéma, dans une petite salle quelque part dans Huntingdon. Je n'ai pas vu un grand écran depuis plusieurs mois. En attendant de se mettre en route, je suis Cyrielle et Marion jusqu'à South Hall, leur résidence, pour profiter de l'air qui se rafraîchit et simplement passer le temps avant de partir. Du moins c'est ce que je croyais. Les deux, trois internationaux que j'ai aperçus dans le coin - et que je n'aperçois jamais dans le coin - auraient dû me mettre la puce aux écoutilles. Que nenni, en gourde parfaite, j'ai fait l'impasse sur les multiples gaffes de certains au cours du dîner et sur les allées et venues. Mes yeux et mes oreilles se sont tout de même enfin ouverts lorsque la porte de la résidence a laissé place à une quinzaine de personnes me chantant un "happy birthday to you" assorti de deux gâteaux pleins de crème comme on n'en trouve qu'en terre américaine. Deux grosses bougies en forme de 2 et 1 couronnaient les desserts. J'ai su plus tard que j'avais piqué un fard magistral. J'étais en tout cas dans mes petits souliers face au geste de ce groupe que je connais depuis un mois seulement. Me retenant de pleurer, j'ai fait un voeu - "Non, Clémence, fais-en deux, il y a deux gâteaux !", avant d'expirer sur mes bougies comme une grande. Le vent m'avait pourtant soufflé la priorité pour l'une d'entre elles quelques secondes auparavant. J'ai pris ma revanche sur l'importun en la rallumant moi-même et en me brûlant le doigt au passage. Photo, flash, photo, flash, puis direction le "lounge" (salon) de South Hall pour la dégustation. Le chocolat a eu plus de succès que la cerise...

Une heure et des poussières plus tard, je m'asseyais sur un siège passablement inconfortable de la salle de cinéma antique d'Huntingdon, gracieusement invitée par mes chères Françaises à admirer George Clooney parader dans The American. Le film ne ressemblait pas du tout au blockbuster plein d'action auquel je m'attendais, pour mon plus grand plaisir, à vrai dire. Très peu de musique, économie de mots, dialogues ascètes, surprenant pour un film hollywoodien... qui n'avait rien d'hollywoodien au générique. L'ensemble respirait l'Europe. Monsieur George était probablement l'unique représentation de la patrie de Big Sam dans cette oeuvre... What else?* Que demander de mieux ? Un peu de sobriété et de réalisme me convenait parfaitement.

Ainsi s'achevait ma journée d'anniversaire, avec encore quelques "fragments" de conversation glanés ici et là avec certains restés travaillés en bibliothèque, et que j'ai empêchés d'atteindre leur objectif :) La bibliothèque ferme à une heure du matin en semaine, me forçant à rejoindre enfin ma chambre, en essayant de ne pas réveiller ma colocataire, probablement endormie depuis longtemps. Inutile de dire que je n'étais pas pressée d'aller me coucher... même si toutes les bonnes choses doivent avoir une fin, qui pourrait nous en vouloir de les faire durer autant que possible ? Dernier cadeau dans ma boîte mail : un de mes cours de demain a été annulé également. Je n'aurai qu'un mot : yeeeeessssssss...


*What else = quoi d'autre, et aussi le fameux slogan des publicités Nespresso, dans lesquels George Clooney apparaît depuis plusieurs années.

vendredi 24 septembre 2010

A nouveau du déjà vu pour certains !


26 août 2010

Deux jours pleins déjà que je suis là... Il se passe tellement de choses, de rencontres, que je ne sais pas par où commencer. Reprenons donc là où j’en étais restée. Levée à 7h30 mercredi, je me suis dépêchée de me rendre au centre international pour savoir ce qui m’attendait ces prochains jours. Kati Csoman, responsable des étudiants internationaux, m’a accueillie dans son bureau et donné les premières informations, l’essentiel étant qu’il y avait des pizzas pour le déjeuner à l’extérieur du bâtiment à 11h30. Avant qu’elle me reçoive, j’avais attendu quelques minutes assise dans un canapé à l’accueil. Trois personnes sont passées par là, et trois personnes m’ont immédiatement demandé : «Can I help you?*». La troisième fois, j’avais l’impression d’être un robot qui répétait le même discours, comme dans les magasins lorsqu’on dit, laconique, à un vendeur : «on s’occupe déjà de moi, merci». Toujours est-il qu’il n’y a pas mieux comme question pour se sentir accueillie. Tous les membres du staff de Juniata que j’ai rencontrés par la suite ont fait preuve de la même sollicitude, d’une même volonté sincère de rendre mon séjour aussi agréable que possible. Et la plupart d’entre eux se présentent en donnant directement leur prénom, ce qui crée une proximité immédiate et empreinte de simplicité. Aucun cérémonial, une bonne poignée de main suffit.

C’est dans le bureau de Kati que j’ai eu l’occasion de rencontrer des étudiants internationaux pour la première fois. Des Espagnols, au nombre de quatre, qui comme moi sont arrivés la veille, et une Allemande. Nos chemins se croiseront à nouveau au département sécurité, où l’on récupère son badge et la clé de sa chambre, et au département informatique, où - très important - on nous offre le moyen de nous connecter à Internet. La deuxième vague internationale arrivera au déjeuner, avec des Allemands, des Espagnols, des Anglais, des Chinois, des Mexicaines, Equatoriennes et j’en passe. Et puis des Français, tous de l’Institut Catholique de Lille, mais de filières et écoles différentes. En somme, beaucoup de prénoms à retenir et prononcer au mieux en peu de temps. Rien d’incontournable à signaler, le plus intéressant était à venir.

Après m’être mise vainement en quête d’un adaptateur secteur pour brancher mon ordinateur, je me suis rendue au département communication pour rencontrer non pas un, mais deux conseillers d’orientation assignés à mon cas. Sur place un quart d’heure en avance, assise dans un canapé à l’accueil, qu’arriva-t-il ? «Can I help you?»... Deux charmantes dames et professeurs passèrent et engagèrent la conversation, me donnant l’eau à la bouche concernant leur cours. C’était sans compter sur le programme que m’avaient concocté les deux conseillers. Je suis partie pour écrire pour le journal de l’école (et cela compte comme un cours !), étudier le cinéma allemand en allemand, la littérature de Tolstoï en russe (je n’y comprendrai goutte au début mais qu’importe), et j’ai demandé à suivre un cours plus théorique concernant les médias ou les sciences politiques ou que sais-je plutôt que d’apprendre à écrire pour le web. Il manque un cours lié à l’histoire de l’art pour que la Catho y trouve aussi son compte et le semestre pourra commencer. L’intitulé de mes études ici joint la communication et l’écriture. Et ils ont trouvé ça tout seuls, sans me connaître encore. Aucun doute, je suis entre de bonnes mains ! Et en plus, je les ai ravis tous les deux avec cette histoire de suivre un cours entièrement théorique. Mon côté franco-français, sans doute. J’imagine sans peine que les étudiants américains préfèrent la pratique, l’action, et j’ai informé monsieur Henderson et madame Cockett (charmant nom, n’est-il pas ?) qu’en France, on aime la réflexion, les intellectuels, et surtout les intellectuels aux moyens modestes. S’il y a bien une chose que nos deux cultures n’ont pas en commun, c’est le mépris de l’argent. Bref, en tout cas, toutes mes questions, suggestions ont été entendues et prises en compte, et mon emploi du temps sera remanié. Je suis bien sûr invitée à m’adresser à eux pour toute question que j’aurais sur... à peu près n’importe quoi. «If you need any help with anything...**». Quel doux refrain à mes oreilles. Le clou de la journée.

* «Puis-je vous aider ?»
** «Si vous avez besoin d’aide pour quoi que ce soit...»

Du déjà vu, déjà lu pour certains...


24 août 2010
Une fourmi parmi tant d’autres à l’aéroport de Philadelphie, en attente de l’embarquement pour State College PA porte 21, terminal F, qui devrait avoir lieu d’ici 1H15. Plus de temps qu’il n’en faut pour raconter mes premiers exploits sur le sol américain. J’en ai réalisé au moins un : je suis là, à un petit vol du but, et je ne me suis pas encore perdue !
Mais reprenons depuis le début : levée à 6h, bouclage des bagages, dernier adieu (déchirant) à ma petite soeur, et en route pour le gai Roissy. Luxe suprême : je suis accompagnée par mes deux parents. Après un petit détour je ne sais où en région parisienne sur une autoroute déviée vers quelque part (mon sens infaillible de l’orientation et moi suivons de près tous nos trajets en voiture), nous sommes arrivés sans encombre à Roissy, avec environ 2h30 d’avance. L’enregistrement prend moins d’une demie-heure («est-ce vous qui avez fait vos bagages ?», «est-ce que quelqu’un que vous ne connaissez pas vous a donné quelque chose ?», on connaît tous la chanson), l’embarquement n’a pas lieu immédiatement. Que faire dans un aéroport pour tromper l’attente ? Prendre un café. Et un croissant pour les plus gourmands. Et le temps d’errer dans un ou deux couloirs et ascenseur pour trouver le-dit café, en passant par la case WC, l’heure a filé. Deuxième adieu (déchirant, lui aussi) : les personnes accompagnant les voyageurs ne peuvent même pas monter à l’étage des embarquements. Bye bye Daddy and Mommy et direction mon passage obligé préféré : la sécurité. Ô surprise ! On ne me demande pas d’enlever mes chaussures ce coup-ci. Et je n’ai même pas oublié d’enlever ma ceinture, ce doit être la première fois que je passe sous le fameux portique sans faire bip-bip. Mais oups, comme il faut toujours que quelque chose m’échappe, flacon d’antiseptique laissé dans mon sac à main me vaut une fouille en règle de ce dernier. Rien de grave, mademoiselle, on l’emballe dans un plastique et vous pouvez prendre la porte. La porte n°24.
Aucun coup de blues pour le moment, pas le temps. Rester concentré(e), trouver sa place, ne pas se tromper de couloir dans l’avion, gauche-droite toute, continuer toujours tout droit, cogner sa valise à tous les sièges, la jucher dans un compartiment prévu à cet effet, y joindre son sac à main, se raviser, le garder avec soi, retirer sa veste, s’asseoir, se relever, retirer l’oreiller qui s’était coincé sous son postérieur... Paré(e) pour le décollage. Je suis dans le rang du milieu, 4 places dont deux seulement d’occupées. Petit luxe en classe économique. Je voyage avec une jeune Française qui part pour quinze jours au Canada. Nous avons évidemment commencé par converser en anglais avant de songer que décollant de Paris toutes les deux, nous avions au moins une chance sur deux de partager la même nationalité et le même idiome.
S’ensuit un vol sans histoire, des pâtes molles au déjeuner noyées dans la sauce tomate, une ou deux boissons, trois-quatre passages aux WC (ne jamais sous-estimer la fréquentation des WC pendant un vol de 8h) et surtout, «movies» ! De bons et moins bons films américains sont au programme, pour le plus grand plaisir de moi et moi-même. «La compagnie US Airways vous souhaite un bon vol»... Très bon, indeed.
Et me voilà, neuf heures plus tard, assise face à un énième tarmac, fière d’avoir réussi à parvenir au terminal F sans perdre mes bagages, sans ennuis au service des douanes le plus intransigeant du monde, qui a d’ailleurs eu le plaisir de recenser mes magnifiques empreintes digitales pour la deuxième fois. Je foule à présent le sol des Etats-Unis, prête pour la réalisation de mon «American dream», un petit séjour d’une année dans une université outrageusement chère aux frais de quelqu’un d’autre (presque, je n’oublie pas le soutien indéfectible et certainement pas négligeable de mes chers parents !). Rendez-vous compte, j’ai même réussi à prendre la bonne navette pour arriver ici. Ceux qui me connaissent comprendront mon soulagement. Mais il faut dire que si j’y allais à pieds, je devais repasser par la case sécurité. Et ici, on retire ses chaussures, après avoir été reniflé par un toutou qui vérifie qu’on ne transporte pas sur soi de bouses de vache ou autres marijuanas très illégales susceptibles de causer des dommages irréversibles à ces millions de citoyens américains qui nous font l’honneur de nous accueillir. Tout cela pour dire que je venais de remettre mes chaussures et que je déteste passer les portiques et les caisses dans lesquelles on vide ses poches d’une troisième main imaginaire, les deux pouces préhenseurs qui sont les nôtres étant déjà très occupés à tenir valise et sac à main d’un côté, billet et passeport de l’autre. Si l’avion est le mode de transport le plus sûr de nos jours, il est aussi le seul qui exige que l’on se déshabille sans même avoir la décence de nous laisser les mains libres. Sur cette note anatomique, je clos ce premier rapport déjà trop détaillé de mon atterrissage Outre-Atlantique.
... J’ai parlé beaucoup trop vite.
Je suis à la porte, de fait à la porte, mon vol a été annulé. Prévu à 17h35, le prochain n’est qu’à 21h15, et je ne sais pas si je pourrai l’avoir. Après, ce sera 22h50, s’il vous plaît ! De quoi pleurer. Pas tant parce que c’est un désastre irrattrapable, mais parce que je suis partie pour attendre au mieux 3h, au pire plus de 4. Et il est minuit sur mon continent à moi... Si mes calculs sont bons, après être partie à 7h ce matin, le vol de 22h50 me fait arriver à... Environ 7h, heure française. 24h debout, à poireauter dans des aéroports. J’aurais espéré une arrivée un peu plus tranquille.
2h plus tard...
Ma chère Maman a eu le plaisir d’entendre le doux son de ma voix vers les 1h du matin en contrée française, grâce à la magie de Skype qui peut appeler les fixes et portables en échange de quelque monnaie sonnante et trébuchante... Comme de bien entendu, le vol de 21h15 m’est passé sous le nez, et je dois attendre jusqu’à 22h50 pour monter à nouveau dans un avion (ô joie), qui m’amènera à un taxi, qui m’amènera à Juniata, qui garde éveillé un monsieur Anderson désigné pour m’accueillir. Pas de chance pour lui, il est le seul que j’aie réussi à joindre. Dieu bénisse au passage ma future colocataire qui sera quand même venue me laisser draps et autres. Et Dieu bénisse les petits vols intérieurs en Amérique. Je sais déjà que je ne referai pas le même trajet après Noël... Heureusement qu’il y a Internet, mon ordinateur, mes bouquins et un bon gobelet de café bien américain pour me faire tenir debout. Ou en l’occurrence, assise. Les couloirs de l’aéroport sont plus calmes, la nuit est tombée sur le ciel gris de Philadelphie. Je vais finir par connaître le coin par coeur. Je ne m’y promène après tout que depuis 8h. J’ai fait toutes les cabines téléphoniques, essayant en vain d’appeler en France avec des cartes téléphoniques dignes de Mathusalem. Que je me sens seule et isolée sans téléphone portable. Vive la technologie. Je retourne à mon épisode de Friends, vestige d’un DVD oublié dans le lecteur de mon ordinateur. Le reste de ma collection est perdu quelque part dans l’aéroport, et j’espère bien la retrouver sans problèmes supplémentaires à l’arrivée tout à l’heure !
Minuit trente : ne jamais parler trop vite. Non seulement mes bagages étaient sur le vol précédent et mon sang n’a fait qu’un tour une fois de plus en ne les voyant pas arriver sur le tapis roulant, mais en plus, le taxi se fait attendre. 24h que je suis levée, et je me trouve dans le noir d’un parking d’aéroport proprement désert. Le gentil monsieur à l’intérieur m’a dit que la compagnie de taxi était débordée. J’apprendrai plus tard par mon chauffeur qu’ils passent un certain temps le soir à ramasser les étudiants soûls de Penn State. Elle finira par me déposer à 1h45 du matin, à moitié endormie, face à un monsieur Anderson qui s’avère être âgé de quelques années de plus que moi seulement. Peut-être même un étudiant. «Hi, I’m Nathan.» Je lui présente mes excuses, très embarrassée de l’avoir obligé à rester à m’attendre si longtemps. Il répond platement que c’est «okay», m’emmène récupérer une clé temporaire pour ma chambre et me conduit à celle-ci, située au deuxième étage de la résidence «Cloister» (cloître en français... je ne sais pas comment je dois le prendre, d’autant que c’est une résidence mixte). Sur ce, bonne nuit et les bras m’en tombent sur la commode qui jouxte mon lit (déjà fait, par une colocataire qui s’annonce décidément très attentionnée). J’y suis (j’y reste ?). Quelques larmes d’épuisement et un brossage de dents plus tard, je me glisse dans des draps d’un rose on ne peut plus flashy. A choisir, j’aurais préféré voir la vie en bleu ou en noir, mais ce soir, j’aurais dormi dans du fuchsia à grosses fleurs jaunes parsemées de paillettes sans même hausser le sourcil. 2h du matin, 8h en France, Paris s’éveille. Welcome to Juniata.

En retard, très en retard



Cela fait longtemps, bien trop longtemps que je n'ai rien posté ici. Non pas qu'il ne se soit rien passé depuis deux, trois semaines, au contraire. Je cours après le temps, je m'éparpille et oublie de poser les mains sur le clavier pour autre chose que mes devoirs (eh oui, comme à l'école, j'ai des exercices notés dans mon cahier de textes à faire tous les soirs) ou de courts mails factuels aux objectifs purement administratifs et pratiques.
What happened?* De tout. La vie. Des jours, des nuits, des personnes. Et pas mal de boulot quelque part au milieu. Je me couche de plus en plus tard, me lève de plus en plus tôt et passe plus de temps à faire la conversation à mes compatriotes et non-compatriotes qu'à bouquiner mes livres scolaires. Conséquence : après de longues soirées à bavarder inlassablement, j'enclenche la sonnerie du réveil pour 7h du matin maximum, histoire de bosser une ou deux heures avant d'aller en cours. Spécialiste de la dernière minute. Je l'ai toujours été, et cela me convient plutôt bien, finalement. J'ai de toute façon une inaptitude totale au stress jusqu'à ce que je me retrouve au pied du mur pour les révisions. Ou plutôt, le stress ne suffit pas à me faire asseoir à mon bureau pour autre chose que de converser un peu plus avec d'autres, en mode virtuel cette fois. Un défaut ? Peut-être. En tout cas un inconvénient quand j'ai une centaine de mots de vocabulaire à retenir avec leurs définitions pour pouvoir décrire l'architecture du Parthénon et de son voisin romain le Panthéon. Rien que d'y penser, je baille aux corneilles. Jamais je ne m'étais endormie en cours avant que l'art grec ne vienne me chanter une berceuse.
Mais qu'importe, j'aime être ici, j'attends le froid avec impatience, les brises d'octobre qui transformeront le campus en un champ de couleurs automnales. Et il restera toujours le soir un ciel plein d'étoiles brillantes et d'une lune incandescente. Vivre au fin fond de nulle part a du bon.

* Que s'est-il passé ?

Photo : Cloister Hall, ma résidence