dimanche 19 décembre 2010

Jeudi 16 - Vendredi 17 décembre 2010

4 mois plus tard, moins une semaine. Même aéroport. Mêmes emmerdes. Toutes mes excuses pour ma grossièreté, mais les trucs qui volent appelés avions n’invitent pas toujours à la douceur. Ni à la zen-attitude.


Résumons-nous : je réserve un vol une semaine plus tôt pour pouvoir rentrer en France dire au revoir à ma grand-mère. Jusqu’ici, rien d’insensé - si ce n’est sa disparition, qui reste lointaine et surréaliste. Légère inquiétude tout de même quant à mon premier vol qui décolle de State College, soit la destination qui m’avait valu de passer 9h de plus que nécessaire au charmant aéroport de Philadelphie le 24 août dernier. L’intuition se confirme 5 minutes avant d’arriver à SC, hier après-midi, lorsqu’US Airways me gratifie d’un message vocal m’informant d’un retard estimé à 2h. Je devais décoller à 15h59, arriver à 16h49, et m’envoler enfin pour la France à 18h15. Vous ferai-je le récit de l’angoisse doublée d’exaspération, ou celui de la patience teintée d’épuisement naissant, qui m’étreignirent en ces instants ?... Va pour la patience. Arrivée à l’aéroport, direction la queue déjà conséquente qui se presse, anxieuse, devant les guichets. Une heure plus tard, j’étudie les possibilités avec une employée dont la patience servirait de leçon à n’importe quel passager contrarié. Debout toute la journée à pianoter sur un clavier pour recaser des inconnus sur des vols multiples et variés. J’admire.


Que faire une fois arrivée à Philadelphie (parce qu’il ne servirait à rien de revenir demain. Tous les vols depuis State College sont complets) ? Paris ? Tous les vols qui battent des ailes vers la « cité de l’amour » s’amusent à la simultanéité. Pourquoi ne suis-je pas partie de New York ?... Bruxelles ? 250€ de plus pour avoir le privilège d’être accueillie en territoire belge. Non merci. Ah, le retard est réévalué à 50 minutes. Je prends le risque, j’aurais peut-être le temps de courir attraper mon avion. Que nenni. Passée la sécurité, dix minutes s’écoulent, chargées d’espoir fou... « Le vol numéro 3718 à destination de Philadelphie est annoncé pour 17h30 ». Le temps qu’ils le garent et que tout le monde monte dedans... L’avenir s’assombrit. Ou non ? Le vol pour Paris est annoncé avec du retard, lui aussi. La tension est à son comble. Il n’y a plus qu’à attendre, et prier. Deux activités très en vogue dans les aéroports...


... Comme si monter dans un planeur suffisait à ce qu’il décolle. Quelqu’un pourrait-il aller me chercher Orville, l’albatros de Bernard et Bianca ? Même lui serait plus efficace avec ses lunettes de bouffon et ses atterrissages catastrophiques. Mes compagnons passagers et moi avons dû attendre 1h encore pour que le coucou se mette en

route. Je me suis endormie, réveillée seulement par une douce musique : « Nous commençons notre descente sur Philadelphie... ». Une magnifique vue de nuit sur la ville par le hublot vient mettre un peu de baume à une journée qui avait mal commencé - non seulement par les soucis de retard, mais aussi avec les au revoir émus à certaines personnes que je ne reverrai peut-être (sans doute ?) jamais. L’avion n’en finit plus d’atterrir, et je rallume mon téléphone pour vérifier l’heure : 19h13. Oups. Je dirais même plus : merde. Sortons, sortons vite. Courons, courons vite. Pour rien, évidemment. Le temps d’aller du terminal F au terminal A, nous nous retrouvons tous brebis égarées et sans ailes. Que faire ? Mais pardi, la queue ! Encore et toujours la queue ! Toute l’Europe s’est donné rendez-vous aux « Special Services » d’US Airways : qui pour la France, qui pour l’Ukraine, l’Italie, l’Espagne, ou même les Bahamas (d’accord, des îles pas vraiment européennes, mais bref)... Special Services indeed ! Une mère et son fils ont accaparé une des deux employées présentes pendant 2h, pour rentrer en Ukraine, pays apparemment très peu desservi. Au rythme d’un quart d’heure minimum par client, c’est dire à quelle vitesse nous sommes passés du statut de brebis égarées à escargots sédentaires. Près de 4h plus tard, c’est mon tour. En moins de dix minutes, j’apprends qu’une place a été trouvée pour moi sur un vol Delta, le lendemain à 18h40. Non, je ne tuerai personne ce soir. A ce stade, le soulagement d’avoir trouvé une issue de secours devance la colère, dans la course aux émotions liées à l’attente. C’est probablement ce qui empêche les aéroports de sombrer dans le chaos. Les consommateurs finissent par seulement supplier qu’on les libère des files d’attente qui serpentent en virages serrés.


L’aventure ne s’arrête pas là. Il est plus de 23h30, et j’ai plus de 17h à tuer avant mon décollage - que je considère encore hypothétique. L’option hôtel ne sonne pas particulièrement irrésistible à l’oreille de mon portefeuille, mais c’est compter sans l’esprit de solidarité qui s’instaure entre êtres humains cloués au sol contre leur gré. Une jeune femme russe accepte de partager les frais d’une chambre avec moi - parce qu’ils ne paieraient pas pour l’hôtel, vous comprenez, c’est la faute à Voltaire, et puis à la météo aussi. Le temps d’attraper une salade pour remplir nos estomacs vides depuis le déjeuner et d’appeler le numéro qui nous redistribuera dans un hôtel proche, nous nous retrouvons dans une navette sur l’autoroute qui mène au sommeil. Je n’en reviens pas d’avoir le postérieur posé sur un siège. Mes talons non plus. Le chauffeur n’en finit plus de jacasser, avec un enthousiasme délirant à une heure pareille. Remarquez que cela fait plaisir d’obtenir des réponses à toutes vos questions avec un sourire enjoué. La chambre est propre, deux (presque) grands lits, de l’eau chaude dans la salle de bain, nous n’en demandions pas davantage. Vers 1h, je m’écroule, non sans un petit mail direction la France pour renseigner mes chers parents de mes allées et venues.


Et me voilà, une bonne quinzaine d’heures plus tard, assise près de la porte D16, terminal E, à attendre d’embarquer pour de bon. J’ai dormi tellement profondément ce matin que je n’ai pas entendu ma voisine quitter la chambre plus tôt. J’ai demandé à la navette de me déposer au même terminal que la veille, histoire de m’enquérir du sort de mon bagage de soute. Je le récupère sans grand mal, et attrape la navette même des employés de l’aéroport pour déménager mes quartiers au terminal E, celui des vols Delta. Vous suivez ? L’enregistrement se fait sans embûches, je suis bien confirmée sur ce vol, blablabla. Détour par Skype avant la sécurité. Débarrassons-nous de la bouteille d’eau, de la ceinture, des chaussures, du manteau, sortons l’ordinateur de la valise. Ah, tout seul l’ordinateur dans un casier rien que pour lui ? Décidément, je ne passerai jamais l’exam des détecteurs de métaux parfaitement. Que faire maintenant ? Attendre. Ordinateur. Skype. Conversation à sens unique parce que je n’entends rien. Attendre. Ordinateur. Film. Attendre. Je connais à présent ma porte (d’embarquement). Déménage à nouveau. M’assois. Ordinateur. Traitement de texte. Récit des péripéties des dernières heures. Attente. Patience. Tout près du but.

lundi 13 décembre 2010

Nuit blanche

La nuit s'étire. Je ne sais pas bien ce que je vais raconter, je n'ai plus les yeux en face des trous. Et pour cause. Il est 5h37, je ne me suis pas encore couchée et ne me coucherai pas. Mère, ne fronce pas trop les sourcils. Ta fille spécialiste de la dernière minute a été rattrapée par le temps, pour une fois. Il est 5h38, et je n'ai pas fait la moitié de mon devoir à rendre à 13h cet après-midi. Bonjour l'angoisse ? Pas vraiment. A 5h39, il n'y a plus la place dans un cerveau brumeux et des muscles fatigués pour l'énergie du stress.

Il a commencé à neiger sur les toits d'Huntingdon. Je n'aurais pas cru qu'il neigerait d'abord en France, et en plus grande abondance encore ! Je m'attends tout de même à l'hiver le plus froid que j'aie connu, dès mon retour en janvier. Les semaines ont filé, et les derniers examens approchent. Mon esprit barbouillé tente de compter tout ce qui lui reste à encaisser avant les fêtes. Les deux "papers" pour vendredi dernier : check. Le portfolio d'allemand avec un tas de trucs ennuyeux dedans : check. Le "paper" de media analysis pour demain : mi-check, autant dire pas check du tout. Examen d'histoire de l'art mardi : par-dessus la check, et la jambe aussi. Examen de com vendredi prochain : pas check du tout, mais deux jours pleins pour réviser en perspective. Et pour finir en beauté, "paper" d'histoire russe sur les méandres poutinesques : encore moins check, bouquin de 200 pages à engloutir avant de pouvoir écrire une ligne. Contrariant. Mais j'aurai tout un week-end de solitude dans un campus en grande partie vidé de sa population pour m'y consacrer. Doublement contrariant. Le silence va faire tout drôle. Enfin, s'il neige, je me sentirais comme à Pétersbourg, et avec un peu de chance, me glacerai d'inspiration. Ma plume glissera alors sur le verglas de ma pensée et explorera les flancs escarpés d'un papier glacé de Sibérie pour tenter de comprendre quelque chose à l'histoire slave. Le feu sous la glace, la métaphore leur va bien, non ?

5h49. Et je trouve le moyen de faire des phrases alambiquées, simplement pour dire que le pétrole russe me casse les pieds d'avance. En attendant, mon "paper" urgent pour tout à l'heure rappelle à l'ordre mes méninges passablement épuisées. Le moment est venu de retourner pédaler dans la choucroute. Sans mentir, je pédale vraiment. Et pour ceux qui ne le savaient pas encore, je n'ai guère le goût de la bicycleeeeetteeeuuuhh que chante Montand. C'est dire si la nuit a été longue...

dimanche 12 décembre 2010

Un palmier sous la pluie

Il est tout chaud, il vient de sortir du clavier ! Grâce au blog, je m'y remet après presque un an sans rien produire.



Un palmier sous la pluie

Mais que fais-tu là ?
Sous ces latitudes
Pourquoi ce climat
Ce pays si rude ?

Tu t’es exporté
Sur un coup d’audace
Pour la liberté
Les nouveaux espaces

Que veux-tu prouver ?
Pourquoi t’obstiner ?

Tu t’es planté là
Et puis résultat
Te voilà
Battu par les vents
Courbé en avant
Te voilà
Nu devant l’orage
Seul face aux nuages

Les gouttes de pluie
Mouillent ton habit
De soleil
Comme un parapluie
Tes palmes se plient
À merveille
En terre ennemie
Tu as fait ton lit

Mais pourquoi rester ?
Pourquoi espérer ?

Tu n’as pas d’ami
Rien à faire ici
Tu subis
Beaucoup trop gentil
Tous ces abrutis
Tu oublies
Tes frères au pays
Donnant plus de fruit

Volée de bois vert
Tout part de travers
Tu ondules
Typhon, ouragan
Temps extravagants
Tu bascules
Force insoupçonnée
Souplesse incarnée

Que veux-tu montrer ?
Comment t’imiter ?

Moulin végétal
Flexibles pétales
Ne jamais
Céder de terrain
Fine silhouette
Ramures coquettes
Ne jamais
Céder au chagrin

Moi quand je m’affale
Quand j’ai trop de mal
Je respire
Tes longs éventails
En pleine bataille
Je m’inspire
Du palmier qui luit
Luttant sous la pluie

Jean Haguet, décembre 2010



jeudi 9 décembre 2010

Ah ben... et mon avion alors ?!?!

Mais qu'ont-ils avec les avions en ce moment ? Voilà-t-y pas que Blogger (fournisseur de ce blog) nous retire l'avion qui nous servait d'image de fond !! Que la neige empêche les avions de décoller, on le comprend. C'est déjà plus crédible que le volcan islandais à qui on n'avait rien demandé. Mais même dans le monde virtuel, on n'est plus tranquille !

Il faut dire que dans le contexte espagnol des derniers jours, cela ne manque pas de sel. Vous avez sans doute vu et entendu que l'armée espagnole était allé chercher les contrôleurs en grève sauvage dans un hôtel de standing par la peau du (voilà.... du dos, c'est ça !). Moment d'intense bonheur, délicieuse revanche sur tous ces grévistes fumistes qui nous brisent le potiron dans diverses géographies à travers les âges !! Tout fonctionnaires qu'ils sont, ils gagnent 350k€ en moyenne en travaillant deux fois moins que moi, alors forcément cette savoureuse sensation de les savoir de nouveau au travail est d'autant plus justifiée. Ayant poussé le bouchon trop loin, les voilà piégés par leur boulimie statutaire et financière. Ils se plaignent aussi de ne pas être assez nombreux. Forcément, à ce niveau de salaire... Il paraît aussi qu'ils sont stressés, les pauvres lapins. A leur place, je me sentirais plutôt reposé et rassuré sur mon avenir... Non ?


Nous avons prévu notre transhumance bi-annuelle le 22 décembre. Le gouvernement espagnol a évoqué la possibilité de prolonger l'état d'alerte au-delà du 15 décembre. Cela arrangerait bien nos affaires. S'ils pouvaient aussi déclarer l'alerte le jour du retour, ce serait sympa, merci bien. Mais c'est peut-être trop demander ?... Je suis stressé... Je vais me mettre en grève. Et elle sera sauvage aussi, là ! Ren-dez-nous nos-avions !

(légende du dessin : "Le virus de la grève a déjà atteint l'aéroport... Comme tous les étés". "Vol annulé !" "Vol retardé !")

mercredi 8 décembre 2010

Au programme...

France, ô mère patrie, je serai de retour dans un peu plus de deux semaines.

En attendant, une fin de semestre pour le moins occupée s'opère à l'instant où je vous parle : quatre "essays" (des dissertations, plus ou moins) à rendre dans les jours qui viennent, un examen final écrit et oral en com, et un autre en histoire de l'art... Pas de quoi s'affoler, même si mon cerveau crie grâce après plus de deux heures à plancher sur la révolution russe afin de pondre 5 ou 6 pages de blabla sur la tragédie qu'elle a constitué pour l'ensemble de ses acteurs. Saviez-vous que 10 millions de personnes étaient mortes en Russie entre 1920 et 1924 seulement ? Imaginez toute la région parisienne rayée de la carte d'un seul coup... cela fait drôle, non ? Tragédie apparaît un mot bien faible pour décrire l'ampleur du désastre généré par la guerre civile, la révolution, couronnées par une famine carabinée qui venait conclure 30 années de chaos chronique (chaos dont le point de départ, rappelons-le, s'appelait également famine, en 1891-1892, avec quelques 500 000 victimes à la clé). Une catastrophe, vous dis-je. Où que soit la Russie aujourd'hui, elle (re)vient de loin... Sur ces bonnes paroles chargées d'optimisme envers le genre humain, bonne nuit.

P.S : Je sais que mon récit de Thanksgiving se fait attendre (impatiemment, n'est-ce pas ?:D). Toutes mes excuses, je tâcherai de m'y atteler entre deux récits sur Poutine, Lénine, Staline, et consorts(ines) !

lundi 6 décembre 2010

Adolescence (suite !) ;-)

Magnifique ton poème. Les images sont très fortes et on sent beaucoup de sincérité. La poésie devrait toujours faire vibrer nos émotions comme des notes sur les cordes d'un violon : si le poème est sincère, on sent bien notre âme chanter au dedans !

Pour faire pendant à ton poème, en voici un que tu connais mais que je partage pour nos lecteurs poètes  ;-)

Tout comme il faut un peu de technique pour tirer le meilleur du violon, il en faut bien aussi pour la poésie. Tant qu'elle reste cachée ; comme évidente à la première lecture. Dans celui-ci, j'ai mis des vers de 13 pieds, le nombre symbole de l'adolescence (sais-tu que "teenager" vient du fait que l'âge de l'adolescence correspond aux nombres se terminant par "teen" ?). Un vers de 13 pieds, c'est comme un alexandrin bancal, maladroit, mal sur ses pieds comme en l'on est à l'adolescence...

Mon adolescence est dans le placard

Un jour, de passage dans la chambre du passé
Des gestes réminiscents me menant au hasard
J’ouvris une porte de manière inopinée.
Dans un grincement, dans l’évent d’odeurs oubliées
Je vis surgir mon adolescence du placard.

Cravates démodées,
Nœuds papillon froissés,
Chaussettes en jacquard,
Foulards un peu ringards,
Souvenirs touchants d’une maladroite élégance.

Textes nés en cachette,
Reliquats de bluettes,
Lettres abandonnées,
Visages oubliés,
Témoins émouvants d’une autre et antique existence.

Doux berger des objets bien rangés dans le tiroir
L’ours en peluche bras en croix figé dans le temps
Gardait les yeux ouverts sur ce coin de ma mémoire.
Et le meuble renvoyait à travers son miroir
L’image étonnée d’un homme resté un enfant.

Bris d’avions en maquette,
Vieux boutons de manchette,
Auto-collants variés,
Médailles emmêlées,
Reflets troublants d’un étranger sorti de l’enfance.

Ecrits d’un cœur en miettes,
Amours insatisfaites,
Des mots un peu criards,
Des relents de cafard,
Rappels amusants de vaines et naïves souffrances.

Tout était là, devant moi, vérité retrouvée
Sentiments retournant au lit frais de leur rivière
Douloureuse marée sur ma mémoire asséchée.
Moi, versant quelques larmes sur les fruits du passé
J’en goûtais l’amer sucre aussi ambigu qu’hier.

Jean Haguet, juillet 2009

vendredi 3 décembre 2010

Mes excuses par avance si vous n'y comprenez goutte...

Puisque l'heure est à la poésie, je tente ma chance avec quelques vers. Mes chers parents apprécieront, ils n'ont jamais lu une ligne des quelques poèmes que j'ai composés. Nulle recherche côtés syllabes, n'étaient-ce les rimes ici et là. Pas d'alexandrins, de décasyllabes, octosyllabes à l'horizon, ni autres contraintes formelles, juste l'inspiration d'un jour ! Toute réaction est la bienvenue, soyez sans pitié ! :D


Adolescence



L’envol est pris, la brise l’emporte,

Le cœur inonde chaque feuille morte,

Le temps a repris sa course, ravi,

Et la source pleure d’être tarie.


L’enfant n’est plus, place à l’orgueil,

Il jaillit, il danse, il exulte, et accueille

Sa liberté nouvelle ; ses yeux s’abreuvent,

Ses lèvres effleurent le monde.


La tempête est soudaine, le sang afflue,

En un torrent bouillonnant.

L’amour en marche, le cœur l’a cru,

Des ruines émerge un fil d’argent.


Lorsqu’il se rompt dans un orage de douleur,

L’âme se plante le nez au ciel et hurle :

« Mais j’existe ! », dernier élan de candeur.

La colère déchire le jeune crédule.


Il tranche dans le vif mais l’énigme persiste,

L’enfant n’est pas mort et chante sa peine

Et l’oreille se tend pour l’écouter comme il insiste.

Emu, l’arrogant remonte sur scène :


« Ta musique résonne en moi telle un sanglot,

M’enseigne combien encore je suis petit,

Humble enfin devant la vie, devant le beau,

Tes mots et mon souffle respireront en harmonie. »


© Clémence Houriez (2007 ou 2008, probablement)


jeudi 2 décembre 2010

Amis poètes, bonjour !

¡Cuanto tiempo! Long time no see! Ou plutôt : Long time no write! J'ai été encore moins assidu que toi sur ce blog. Cela montre que partager l'écriture la stimule.

Ce matin, une demande de l'un de nos lecteurs m'a surpris. Ce lecteur veut voir de la poésie ! Peut-être n'était-ce pas le but initial du blog tel que je le voyais mais, après tout, la poésie est un merveilleux vecteur pour partager ses pensées.

C'est aussi un art très formateur pour l'écriture ; de l'exigence qu'elle impose jaillissent la quintessence, la densité, l'indispensable union du fond et de la forme.

Commençons par une forme classique que nous connaissons tous pour avoir dû peiner à les apprendre en cours de français, une heure après des exercices sur les intégrales et une heure avant des expériences sur l'amidon cuit. Souvent, par conséquent, sans en goûter vraiment tout le miel. Le sonnet est formé de deux quatrains et de deux tercets, soit 14 alexandrins.

Il a été utilisé à partir de la Renaissance et jusqu'à la période romantique. Devenu trop classique, son exigence formelle finit par l'emporter sur le fond. La fin du XIXème a constitué une rupture révolutionnaire, apportant de nouvelles formes de poésie. Par exemple, Rimbaud montre bien qu'il se situe à la charnière. Sorti de la gangue classique, il innove tout en restant fortement marqué par l'alexandrin. Son alter ego, Verlaine, se fait l'apôtre du vers en 7 pieds ("Les longs violons de l'automne...") pour briser les chaînes devenues dictatoriales de l'alexandrin. Hugo, plus vieux, n'en est jamais vraiment sorti mais le mouvement poétique était si naturel en lui qu'il aurait pu faire des merveilles sous n'importe quelle forme.

Cela étant dit, rien ne nous empêche de retourner à la source du sonnet pour y puiser cette douce beauté classique de la langue. Voici en tout cas une de mes tentatives, qui a presque 20 ans. ¡Aprovechad! Enjoy!

L’oiseau miraculé

L’oiseau transi blotti au tréfonds de mon cœur
Ton sourire l’a caressé, l’a rassuré.
Doucement, tu lui as redonné une ardeur
Et aux ailes blanches la force de voler.

Yeux écarquillés, ailes déployées, il part.
Le temps laissant sa marque, il était engourdi.
Ivre de liberté, il plane quelque part
En moi. Il ne croyait plus, et tu as souri.

Empli de ciel bleu et de bruissement d’ailes,
Mon cœur s’est envolé, comme un miraculé,
Comme un paralysé se remet à marcher.

L’oiseau trace des lignes d’amour dans le ciel,
Y pose les notes de son chant retrouvé,
Musique de louange à qui l’a libéré.

Jean Haguet, février 1991


Un petit point de technique pour les amateurs : la diérèse est la possibilité de dissocier une syllabe qui contient deux voyelles pouvant être lues indépendemment. Ici, "bruissement" contient 4 pieds car la syllabe "bruis" peut être lue "bru-is". Au-delà de la liberté qu'elle procure, la diérèse permet d'ajouter un effet sonore poétique : ici, elle évoque le mouvement d'aile de l'oiseau et le son délicat qu'il produit. Prononcez le mot des deux manières, vous verrez...  ;-)