L'une est en Pennsylvanie, l'autre à Madrid. La nièce et l'oncle. Et chacun son regard. Un océan nous sépare mais le plaisir d'écrire nous rapproche !
lundi 29 novembre 2010
mardi 23 novembre 2010
Thanksgiving 1er round

Thanksgiving break. 5 jours de pause bien mérités pour célébrer la générosité des Indiens avec les premiers colons. Traduit par "l'action de grâce", le 3ème (ou en l'occurrence 4ème) jeudi de novembre est chaque année consacré à un hommage rendu à l'entente première entre autochtones et étrangers fraîchement débarqués sur les rives du Nouveau Monde. Tout ceci bien sûr avant les couvertures contaminées et la gnôle empoisonnée... Quelle que soit l'ironie liée à la fête, je ne me plains pas de ces quelques jours de vacances. Et avant de me rendre chez Becca, une Américaine, avec les trois autres Françaises présentes sur le campus, j'ai eu droit à un avant-goût de la corne d'abondance sonnée ces jours-ci avec un repas de Thanksgiving prévu pour les internationaux.
Charmante idée en théorie. Jusqu'à ce que je me pointe au Oller Center - bâtiment qui abrite les services internationaux - et croise Nathan, dont je vous passerai les titres parce que je ne les connais point, qui se trouvait en panne de mains serviables pour l'aider à préparer le dîner en question. Serais-je libre à 16h30 ? Bien sûr, comment pourrais-je refuser d'étaler mes talents d'éplucheuse de patates ? L'idée ne m'a même pas effleurée. De toute façon, j'étais coincée, je n'avais pas compris sa question précédente et venais de lui dire que je comptais venir au repas... Cela m'apprendra à prétendre comprendre l'anglais. Le rendez-vous pris, je me suis empressée de demander main forte à Cyrielle, histoire de joindre l'utile à l'agréable, à savoir faire salon tout en épluchant, râpant, hachant, mitonnant, et... mangeant. J'ai mieux compris le cri de désespoir de Nathan (bon, expression un peu trop mélodramatique, quand on le connaît ; l'individu est plutôt du genre placide) quand j'ai vu la pile de 15kg de pommes de terre qui attendaient gentiment que nous réglions leur sort. Et avec un seul économe pour trois, s'il vous plaît.
Une, deux, épluche, épluche, tranche, tranche, lave-toi les mains, épluche, épluche, tranche, tranche, nettoie vaguement une coupure inopportune sur ton index... Je n'ai pas compté les potatoes, pas le temps, il fallait passer à la farce à mettre en petites boules - allez savoir pourquoi - et au four, avant de s'attaquer aux pumpkin pies (tartes à la citrouille). L'avantage chez la plupart des Américains, c'est que les desserts sortent de jolies boîtes. En l'occurrence, des boîtes de conserve pour la citrouille et le lait condensé, un mélange rapidement effectué avec une tonne de sucre et épices, avant de les verser sur des pâtes à tarte industrielles. Léger souci : cela faisait déjà deux heures et demie que nous travaillions, il était environ 19h, le dîner était prévu à 18, et les tartes avaient besoin de cuire pendant une heure. Vous suivez ? Ah, j'oubliais presque... il y avait 4 tartes pour un four qui ne pouvait en contenir que deux à la fois. Bref, autant dire que nous avons d'abord servi le salé et au final, seulement le salé. Les pommes de terres assassinées avaient pris la forme d'une savoureuse purée qui, ma foi, en valait bien la peine. La dinde quant à elle avait cuit bien sagement pendant un peu plus de trois plombes.
Le jeu en valait l'épluchure, tout le monde s'est régalé. Une majorité d'Asiatiques s'étaient pointés au dîner, accompagnés par les British et autres Hispanophones. Tout a disparu en un rien de temps, mais peu ont goûté aux fameuses tartes qui ont continué à cuire un moment. Entretemps, Kati, la responsable du service international, était venue au secours de Nathan pour superviser les fins de cuisson et le nettoyage de la cuisine. En bons petits soldats qui se respectent, Cyrielle et moi sommes revenus finir la vaisselle, et testé la pumpkin pie au passage - pas ma tasse de thé, non point ! Nous avons finalement regagné nos pénates l'estomac plein et satisfaites d'avoir mis la main à la pâte, dans tous les sens du termes. Encensées de moults remerciements de la part de Nathan : "Je n'aurais pas pu m'en sortir sans vous." "Tout le plaisir était pour nous." Ou presque, je n'ai plus de pieds. Mais puisqu'il s'agit de célébrer la générosité, je les sacrifie gaiement, quitte à avoir une démarche de dinde sur le chemin du retour... Happy Thanksgiving :)
jeudi 18 novembre 2010
Movie night

J'ai renvoyé aux oubliettes l'imbroglio complexe de la révolution russe pour me concentrer sur un autre de mes hobbies. L'heure était au cinéma ! Ce soir, il a pris l'énigmatique nom de Blind Side. Titre qui fait référence au rôle d'un joueur de football américain assigné à une position particulière en attaque. Je ne connais pratiquement rien au football américain, si ce n'est les règles de base, et ne tenterais pas de me lancer dans un vain exposé sur le pourquoi du comment de ce sport. Brutal, pour le moins, mais néanmoins susceptible de vous donner quelques frissons - notamment par le truchement de la ferveur des supporters...
Résumons : une riche mère de famille doublée d'une femme d'affaire déterminée (et blanche) du Tennessee accueille sous son toit Michael, une nouvelle recrue de l'école de ses enfants issue des bas quartiers de Memphis. Un adolescent Afro-Américain, sans domicile ni famille, entré dans les rangs de cet établissement chrétien non grâce à la charité de ses dirigeants, ou si peu, mais après que le coach de l'équipe de football ait vu un certain potentiel à son mètre quatre-vingt treize et ses cent allez-savoir-combien de kilos. Nul ne se préoccupait de savoir s'il avait un toit sur la tête en dehors des murs du lycée. Jusqu'à ce que cette femme décidément déterminée l'invite à partager celui de sa famille. Quelques nuits sur le canapé, et Michael se voit installé dans sa propre chambre. Remeublée pour l'occasion, Leigh Ann, sa bienfaitrice, lui montre sa nouvelle commode, son bureau, et surtout, le grand futon nécessaire au sommeil d'un jeune homme de sa carrure physique :
Michael : Alors, c'est à moi ?
Leigh Ann : Oui, à toi.
Michael : Je n'en ai jamais eu.
Leigh Ann : Quoi ? Une chambre à toi ?
Michael : Non. Un lit.
Il sourit. Elle s'éclipse soudainement pour dissimuler son émotion.
Un film à voir. Un de ceux qui vous redonne foi en l'humanité, qui vous fait penser que l'homme est la plus magnifique des créations. Dans cette histoire, cinq vies ont changé : celle de Michael, et celle des quatre personnes qui lui ont fait (re)découvrir le sens des mots "amour", "famille", "confiance" et les ont compris autrement grâce à lui. Une histoire vraie, qui met aussi le doigt sur des plaies américaines encore ouvertes - le statut des minorités, un passé d'esclaves et esclavagistes encore à vif. Pour une raison inconnue, ce film n'est pas sorti en France, mais il est (normalement) disponible en DVD. Pour ceux qui aiment les histoires porteuses d'espérance pour le genre humain, il s'agit réellement d'un beau film américain, au petit budget qui le protège de certains excès mélodramatiques... a mon humble avis, en tout cas. :)
mercredi 17 novembre 2010
Pensées d'un deuxième soir
Il pleuvine, l'automne pennsylvanien perd de ses couleurs. Lille ne semble tout à coup plus si loin... :)
Merci pour vos messages d'encouragements à la suite de ma bafouille d'hier, je finirais par croire que les tourbillons de mon cerveau constituent matière réellement intéressante pour une plume trop souvent laissée dans l'encrier. Que dire de plus moins de vingt-quatre heures après mes derniers mots ? Je continue à réfléchir à l'Amérique, aux Américains. Je m'interroge sur cette aptitude qu'ils ont à la superficialité dans leurs relations, au dur labeur qui attend quiconque tenterait de se rapprocher plus près de leur apparent enthousiasme. A première vue, on croirait que le sourire qu'ils arborent invite à gratter la surface, à scruter leurs regards brillants, sans s'imaginer qu'ils n'ont peut-être rien d'autre à offrir que leurs dents blanches et quelques minutes de bavardage sans conséquences. Sans en faire une généralité empreinte d'une connotation négative à la française, je n'en reste pas moins surprise de cette découverte, et quelque peu fascinée. Ce fonctionnement m'est totalement étranger. Dépaysement complet. Je croyais que certains films hollywoodiens exagéraient. Peut-être pas, finalement.
Soigner les apparences, oui. Nous le faisons aussi outre-Atlantique, mais je ne peux m'empêcher de penser que le sourire est moins éclatant, et le ton moins enjoué (moins mensonger ?). Il a pourtant quelque chose de merveilleux, cet enthousiasme déroutant: "That's exciting!", "It's great!", "Awesome! It's gonna be so much fun!". L'étranger a l'impression que ses mots comptent, qu'ils ne sont pas seulement entendus, mais écoutés, et suivis d'une réponse sincère. Il croit réellement recevoir quelque chose. Et c'est le cas ! La réaction est sincère. Mais... Pour aller plus loin, c'est une autre paire de dents. Aussi blanches soient-elles (entre les dentifrice, fil dentaire, et autres bains de bouche, on ne se demande plus d'où viennent ces dentitions improbables), pour s'asseoir deux heures dans un canapé et refaire le monde et soi-même, les Américains ne nous arrivent pas à la canine. Dans ce domaine, les Européens n'ont pas leur pareille. Parler de soi, de ses sentiments, de son histoire, ici, je sens que cela ne va pas de soi. Peut-être est-ce ma tendance maladive à vouloir craquer d'emblée la surface et plonger en profondeur sans autre forme de procès, quitte à y aller à l'aveugle, en apnée. Je crois tout de même qu'il y va de leur culture. Et les méandres de mon cerveau ont trouvé là un inépuisable sujet de divagations... Si d'aventure, je m'y cassais les dents, je suis sûre de trouver un remède au pays de la mâchoire parfaite.

Sur ce, bonne nuit, bon courage pour le réveil qui guette déjà les lèves-tôt de l'autre côté de l'océan, et si quelqu'un a une réponse à offrir à mes interrogations... libre à lui de commenter !
mardi 16 novembre 2010
Pensées d'un soir

Si mon expérience étendue de la page blanche m'a servi à quelque chose au fil des ans, c'est bien de ne pas hésiter lorsque l'inspiration se fait jour. Il est une heure du matin, j'ai un examen demain pour lequel je n'ai pas suffisamment travaillé. Qu'à cela ne tienne, j'aurai deux heures après le déjeuner pour y remédier. La dernière minute me définit. Oiseau de nuit pour les mots aussi. Je n'ai que la lumière de mon écran d'ordinateur et le génie de Glenn Gould pour la millième fois au creux de l'oreille pour accompagner... quoi ? J'avais promis une suite à mon court paragraphe vous emmenant à Pittsburgh. Rien n'est venu. Qu'ai-je à faire d'un lieu, fût-il à des milliers de kilomètres de mon univers connu ? Ah... Je vois d'ici des sourcils se froncer, des moues interrogatrices. Quoi, j'oserais rechigner à profiter de la chance qui m'est offerte de découvrir de nouveaux grattes-ciel, des rues où mes pieds ne se poseront probablement qu'une seule fois ? Oui. J'oserais. Je serais bien incapable de vous les décrire, ces rues. Elles ressemblent à d'autres, elles ne me disent rien. Je ne pourrais vous dire que le goût du café Starbucks - le premier vrai café corsé depuis deux mois - et les fous rires partagés avec Marion après une après-midi d'errance proche de la farce à chercher des magasins de vêtements demeurés introuvables. Je ne retiens pas les lieux. Je garde les êtres, les visages, les bribes de conversation les plus infimes qui disent quelque chose de l'autre.
Si j'ai eu l'élan d'écrire ce soir, c'est probablement parce que j'ai eu l'occasion de parler plus de dix minutes et d'autre chose que de la pluie et du beau temps avec trois personnes différentes ces trois dernières heures. Je bachotais mon histoire de l'art depuis une heure et demie dans une salle commune avec Cyrielle qui bouquinait de la finance, du management ou que sais-je, quand Thibaut est venu nous interrompre. Il venait rendre un livre à Cyrielle, il est resté une heure à parler de l'Amérique, des Américains, et du monologue d'Otis dans Astérix Mission Cléopâtre (pour les non cinéphiles, grand moment de l'histoire de la comédie française à consulter sans tarder). Le temps que Thibaut le Français nous quitte, Carlos l'Espagnol avait fait son entrée pour travailler à de la finance, du business ou que sais-je. Ni une, ni deux (enfin, si), Cyrielle et moi avons changé de table, pour parler de l'Amérique, des Américains, de nos incompréhensions fraîchement débarquées du Vieux Continent. A 22h50, l'Ibère déclare : "Je me mets au travail à 23h." Et en Espagnol qui ne se respecte pas, il a tenu parole. J'ai rassemblé mes affaires, décidée à aller me coucher avant minuit. Et le temps que j'aide Cyrielle à rapporter ses affaires dans sa chambre, nous restions debout à discuter à n'en plus finir - allez savoir pourquoi - de l'éducation de nos futurs enfants. Mais la question de la gestion d'éventuels fils quand on vient de familles de filles paraît non seulement pertinente mais cruciale à minuit et à vingt ans. En sortant dans le couloir, je me rapprochais de l'objectif initial visant à regagner mes pénates - avec une heure de retard seulement. Puis le piano est venu sur le tapis, la clarinette qui prend la poussière dans un placard, cette musique qui nous manque, les aptitudes qui disparaissent en deux temps trois mouvements par manque de pratique. La musique des paroles ne perdait, elle, pas en rythme. Mais... Temps mort. Elle avait besoin d'aller aux toilettes. Sinon j'y serais peut-être encore.
Je me demande, je pose la question : qui se préoccupe du délire esthétique des maniéristes quand l'occasion de partager et d'apprendre de l'autre se présente ? Je rentre remplie de l'envie de jouer du piano et chanter, et vide de mes lacunes en matière de perspectives linéaires monocentriques.
Ainsi, une ébauche des personnes qui remplissent ma vie ici. Puisque je ne retiens qu'elles, je tenterais peut-être de vous en parler davantage. Chacune leur tour, pour le plaisir de barbouiller une page de leurs couleurs.
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