mardi 16 novembre 2010

Pensées d'un soir


Si mon expérience étendue de la page blanche m'a servi à quelque chose au fil des ans, c'est bien de ne pas hésiter lorsque l'inspiration se fait jour. Il est une heure du matin, j'ai un examen demain pour lequel je n'ai pas suffisamment travaillé. Qu'à cela ne tienne, j'aurai deux heures après le déjeuner pour y remédier. La dernière minute me définit. Oiseau de nuit pour les mots aussi. Je n'ai que la lumière de mon écran d'ordinateur et le génie de Glenn Gould pour la millième fois au creux de l'oreille pour accompagner... quoi ? J'avais promis une suite à mon court paragraphe vous emmenant à Pittsburgh. Rien n'est venu. Qu'ai-je à faire d'un lieu, fût-il à des milliers de kilomètres de mon univers connu ? Ah... Je vois d'ici des sourcils se froncer, des moues interrogatrices. Quoi, j'oserais rechigner à profiter de la chance qui m'est offerte de découvrir de nouveaux grattes-ciel, des rues où mes pieds ne se poseront probablement qu'une seule fois ? Oui. J'oserais. Je serais bien incapable de vous les décrire, ces rues. Elles ressemblent à d'autres, elles ne me disent rien. Je ne pourrais vous dire que le goût du café Starbucks - le premier vrai café corsé depuis deux mois - et les fous rires partagés avec Marion après une après-midi d'errance proche de la farce à chercher des magasins de vêtements demeurés introuvables. Je ne retiens pas les lieux. Je garde les êtres, les visages, les bribes de conversation les plus infimes qui disent quelque chose de l'autre.

Si j'ai eu l'élan d'écrire ce soir, c'est probablement parce que j'ai eu l'occasion de parler plus de dix minutes et d'autre chose que de la pluie et du beau temps avec trois personnes différentes ces trois dernières heures. Je bachotais mon histoire de l'art depuis une heure et demie dans une salle commune avec Cyrielle qui bouquinait de la finance, du management ou que sais-je, quand Thibaut est venu nous interrompre. Il venait rendre un livre à Cyrielle, il est resté une heure à parler de l'Amérique, des Américains, et du monologue d'Otis dans Astérix Mission Cléopâtre (pour les non cinéphiles, grand moment de l'histoire de la comédie française à consulter sans tarder). Le temps que Thibaut le Français nous quitte, Carlos l'Espagnol avait fait son entrée pour travailler à de la finance, du business ou que sais-je. Ni une, ni deux (enfin, si), Cyrielle et moi avons changé de table, pour parler de l'Amérique, des Américains, de nos incompréhensions fraîchement débarquées du Vieux Continent. A 22h50, l'Ibère déclare : "Je me mets au travail à 23h." Et en Espagnol qui ne se respecte pas, il a tenu parole. J'ai rassemblé mes affaires, décidée à aller me coucher avant minuit. Et le temps que j'aide Cyrielle à rapporter ses affaires dans sa chambre, nous restions debout à discuter à n'en plus finir - allez savoir pourquoi - de l'éducation de nos futurs enfants. Mais la question de la gestion d'éventuels fils quand on vient de familles de filles paraît non seulement pertinente mais cruciale à minuit et à vingt ans. En sortant dans le couloir, je me rapprochais de l'objectif initial visant à regagner mes pénates - avec une heure de retard seulement. Puis le piano est venu sur le tapis, la clarinette qui prend la poussière dans un placard, cette musique qui nous manque, les aptitudes qui disparaissent en deux temps trois mouvements par manque de pratique. La musique des paroles ne perdait, elle, pas en rythme. Mais... Temps mort. Elle avait besoin d'aller aux toilettes. Sinon j'y serais peut-être encore.

Je me demande, je pose la question : qui se préoccupe du délire esthétique des maniéristes quand l'occasion de partager et d'apprendre de l'autre se présente ? Je rentre remplie de l'envie de jouer du piano et chanter, et vide de mes lacunes en matière de perspectives linéaires monocentriques.

Ainsi, une ébauche des personnes qui remplissent ma vie ici. Puisque je ne retiens qu'elles, je tenterais peut-être de vous en parler davantage. Chacune leur tour, pour le plaisir de barbouiller une page de leurs couleurs.

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