mercredi 29 septembre 2010

21 ans

Mercredi 29 septembre. Ma date d'anniversaire est officiellement dépassée depuis deux heures moins cinq minutes, depuis bien plus longtemps que cela en Europe, et je ne peux pas dormir. Les évènements de la journée défilent dans mon petit cerveau et je pressens que seul le fait de les coucher sur papier pourra me calmer... En fait de papier, je me trouve actuellement devant mon écran d'ordinateur, assise dans la cage d'escalier de ma résidence, de la musique dans les oreilles et mon livre d'allemand à côté de moi, au cas où j'aurai besoin d'un somnifère même après avoir conté mes aventures.
Déjà hier soir, quelques messages me souhaitaient un bon anniversaire... Ils ont été confirmés à mon réveil, lorsque j'ai vu trôner sur mon bureau une douzaine de "cupcakes" au chocolat cuisinés spécialement pour moi par ma colocataire, qui s'empressait de m'adresser un "happy birthday!" enjoué. "Ils sont au chocolat noir, bien noir, comme tu aimes". Un délice, en effet. La photo en témoigne presque à elle seule. C'était sans compter sur les jolies boucles d'oreilles qu'Hannah (ma colocataire) devait ensuite m'offrir, accompagnées d'une espèce de matelas mousse, utilisé communément ici pour rendre les matelas des lits plus confortables. En un mot, la meilleure colocataire du monde venait de donner un sacré coup de boost à un réveil d'abord peu enthousiaste (on ne peut pas dire que je sois vraiment du matin)... :)

S'ensuivent deux heures de cours, avec Cyrielle, une amie française qui ne m'avait pas oubliée non plus, et un déjeuner avec les internationaux où les voeux d'anniversaire ont plu. Un voeu plus étrange, cependant, et même quelque peu perturbant, m'a été adressé par l'université elle-même, au détour d'une carte qui me souhaitait un joyeux 21ème anniversaire. Charmant, jusqu'ici. J'ouvre la carte, et que lis-je ? Les statistiques du nombre d'étudiants qui meurent chaque année à cause de leur consommation d'alcool. Il est vrai que l'âge légal ici pour boire est de 21 ans et qu'il est bon de rappeler à la prudence, mais tout de même, merci pour le message d'encouragement en un jour si particulier. Entre rire et froncements de sourcils, j'engouffre la carte dans mon sac. De retour dans ma chambre, et avant de me lancer dans d'interminables conversations sur Skype avec la France, je vérifie rapidement mes emails. Ô surprise, belle surprise, ma prof d'histoire de l'art a annulé le cours. Je ne m'endormirai pas en amphi aujourd'hui... et attendrai jeudi pour avoir le plaisir, ou le déplaisir, de recevoir ma note au test de la semaine dernière. La journée continue de s'ensoleiller, au propre comme au figuré, puisque la pluie a cédé la place à quelques rayons de soleil en fin de matinée. J'ai ensuite passé deux heures à converser en français, avec grands-parents, parents et soeurs, dont les voeux d'anniversaire m'ont fait très plaisir, avec une légère pointe de nostalgie vis-à-vis de mon pays natal à la clé... de courte durée, je l'avoue. Pas le temps de larmoyer, j'avais rendez-vous avec Nathan, qui coordonne les étudiants internationaux. L'objectif était simplement de faire le point, un mois après notre arrivée. Questions, commentaires, inquiétudes, règles à suivre... Je me suis même vu demander mon âge - histoire de savoir si j'étais autorisée à boire de l'alcool ici ou non, ce à quoi j'ai répondu avec un petit sourire : "21 today". "Happy birthday!" Je ne me lassais pas de l'entendre, décidément.

Vint malgré tout l'heure la plus ennuyeuse de mes mardis, le cours d'informatique, qui fait un tour d'horizon des logiciels à maîtriser vaguement pour suivre le meilleur parcours universitaire possible. Au programme ce 28 septembre : un exercice pratique pour la recherche en bibliothèque. Je ronflais déjà avant de venir. Choisissez un sujet sur lequel travailler, et trouvez un livre qui s'y rapporte, deux articles de périodiques, ainsi qu'un élément Internet. Faites-en une bibliographie détaillée et commentée. Je n'en ai pas fait la moitié en une heure, et aurai tout à terminer par moi-même pour le 15 octobre. Ô joie... Mais rien ne pouvait entamer ma bonne humeur. Excepté le fait de ne trouver personne chez qui me réfugier ensuite. Les trois ou quatre portes auxquelles j'ai frappé sont demeurées closes. N'importe, je suis allée à la bibliothèque répondre à un ou deux mails en attente. Dieu seul sait ce qui m'a pris, les ordinateurs américains utilisent un clavier qwerty. Autant dire un clavier sans les accents et avec la moitié de la ponctuation et le quart des lettre placés ailleurs qu'en France. Le temps que je m'y retrouve, l'heure du dîner avait sonné.

19h, rendez-vous devant Baker, le restaurant universitaire ou paradis du fast-food américain comme on ne l'aime pas du tout. Pour ce soir, ce sera riz au curry et légumes baignant dans la graisse et les épices. Ce n'est pas idéal, mais cela change de la pizza et ce sont les seuls éléments verts qu'on trouve ici en dehors des crudités. La suite des évènements prévoit une séance de cinéma, dans une petite salle quelque part dans Huntingdon. Je n'ai pas vu un grand écran depuis plusieurs mois. En attendant de se mettre en route, je suis Cyrielle et Marion jusqu'à South Hall, leur résidence, pour profiter de l'air qui se rafraîchit et simplement passer le temps avant de partir. Du moins c'est ce que je croyais. Les deux, trois internationaux que j'ai aperçus dans le coin - et que je n'aperçois jamais dans le coin - auraient dû me mettre la puce aux écoutilles. Que nenni, en gourde parfaite, j'ai fait l'impasse sur les multiples gaffes de certains au cours du dîner et sur les allées et venues. Mes yeux et mes oreilles se sont tout de même enfin ouverts lorsque la porte de la résidence a laissé place à une quinzaine de personnes me chantant un "happy birthday to you" assorti de deux gâteaux pleins de crème comme on n'en trouve qu'en terre américaine. Deux grosses bougies en forme de 2 et 1 couronnaient les desserts. J'ai su plus tard que j'avais piqué un fard magistral. J'étais en tout cas dans mes petits souliers face au geste de ce groupe que je connais depuis un mois seulement. Me retenant de pleurer, j'ai fait un voeu - "Non, Clémence, fais-en deux, il y a deux gâteaux !", avant d'expirer sur mes bougies comme une grande. Le vent m'avait pourtant soufflé la priorité pour l'une d'entre elles quelques secondes auparavant. J'ai pris ma revanche sur l'importun en la rallumant moi-même et en me brûlant le doigt au passage. Photo, flash, photo, flash, puis direction le "lounge" (salon) de South Hall pour la dégustation. Le chocolat a eu plus de succès que la cerise...

Une heure et des poussières plus tard, je m'asseyais sur un siège passablement inconfortable de la salle de cinéma antique d'Huntingdon, gracieusement invitée par mes chères Françaises à admirer George Clooney parader dans The American. Le film ne ressemblait pas du tout au blockbuster plein d'action auquel je m'attendais, pour mon plus grand plaisir, à vrai dire. Très peu de musique, économie de mots, dialogues ascètes, surprenant pour un film hollywoodien... qui n'avait rien d'hollywoodien au générique. L'ensemble respirait l'Europe. Monsieur George était probablement l'unique représentation de la patrie de Big Sam dans cette oeuvre... What else?* Que demander de mieux ? Un peu de sobriété et de réalisme me convenait parfaitement.

Ainsi s'achevait ma journée d'anniversaire, avec encore quelques "fragments" de conversation glanés ici et là avec certains restés travaillés en bibliothèque, et que j'ai empêchés d'atteindre leur objectif :) La bibliothèque ferme à une heure du matin en semaine, me forçant à rejoindre enfin ma chambre, en essayant de ne pas réveiller ma colocataire, probablement endormie depuis longtemps. Inutile de dire que je n'étais pas pressée d'aller me coucher... même si toutes les bonnes choses doivent avoir une fin, qui pourrait nous en vouloir de les faire durer autant que possible ? Dernier cadeau dans ma boîte mail : un de mes cours de demain a été annulé également. Je n'aurai qu'un mot : yeeeeessssssss...


*What else = quoi d'autre, et aussi le fameux slogan des publicités Nespresso, dans lesquels George Clooney apparaît depuis plusieurs années.

vendredi 24 septembre 2010

A nouveau du déjà vu pour certains !


26 août 2010

Deux jours pleins déjà que je suis là... Il se passe tellement de choses, de rencontres, que je ne sais pas par où commencer. Reprenons donc là où j’en étais restée. Levée à 7h30 mercredi, je me suis dépêchée de me rendre au centre international pour savoir ce qui m’attendait ces prochains jours. Kati Csoman, responsable des étudiants internationaux, m’a accueillie dans son bureau et donné les premières informations, l’essentiel étant qu’il y avait des pizzas pour le déjeuner à l’extérieur du bâtiment à 11h30. Avant qu’elle me reçoive, j’avais attendu quelques minutes assise dans un canapé à l’accueil. Trois personnes sont passées par là, et trois personnes m’ont immédiatement demandé : «Can I help you?*». La troisième fois, j’avais l’impression d’être un robot qui répétait le même discours, comme dans les magasins lorsqu’on dit, laconique, à un vendeur : «on s’occupe déjà de moi, merci». Toujours est-il qu’il n’y a pas mieux comme question pour se sentir accueillie. Tous les membres du staff de Juniata que j’ai rencontrés par la suite ont fait preuve de la même sollicitude, d’une même volonté sincère de rendre mon séjour aussi agréable que possible. Et la plupart d’entre eux se présentent en donnant directement leur prénom, ce qui crée une proximité immédiate et empreinte de simplicité. Aucun cérémonial, une bonne poignée de main suffit.

C’est dans le bureau de Kati que j’ai eu l’occasion de rencontrer des étudiants internationaux pour la première fois. Des Espagnols, au nombre de quatre, qui comme moi sont arrivés la veille, et une Allemande. Nos chemins se croiseront à nouveau au département sécurité, où l’on récupère son badge et la clé de sa chambre, et au département informatique, où - très important - on nous offre le moyen de nous connecter à Internet. La deuxième vague internationale arrivera au déjeuner, avec des Allemands, des Espagnols, des Anglais, des Chinois, des Mexicaines, Equatoriennes et j’en passe. Et puis des Français, tous de l’Institut Catholique de Lille, mais de filières et écoles différentes. En somme, beaucoup de prénoms à retenir et prononcer au mieux en peu de temps. Rien d’incontournable à signaler, le plus intéressant était à venir.

Après m’être mise vainement en quête d’un adaptateur secteur pour brancher mon ordinateur, je me suis rendue au département communication pour rencontrer non pas un, mais deux conseillers d’orientation assignés à mon cas. Sur place un quart d’heure en avance, assise dans un canapé à l’accueil, qu’arriva-t-il ? «Can I help you?»... Deux charmantes dames et professeurs passèrent et engagèrent la conversation, me donnant l’eau à la bouche concernant leur cours. C’était sans compter sur le programme que m’avaient concocté les deux conseillers. Je suis partie pour écrire pour le journal de l’école (et cela compte comme un cours !), étudier le cinéma allemand en allemand, la littérature de Tolstoï en russe (je n’y comprendrai goutte au début mais qu’importe), et j’ai demandé à suivre un cours plus théorique concernant les médias ou les sciences politiques ou que sais-je plutôt que d’apprendre à écrire pour le web. Il manque un cours lié à l’histoire de l’art pour que la Catho y trouve aussi son compte et le semestre pourra commencer. L’intitulé de mes études ici joint la communication et l’écriture. Et ils ont trouvé ça tout seuls, sans me connaître encore. Aucun doute, je suis entre de bonnes mains ! Et en plus, je les ai ravis tous les deux avec cette histoire de suivre un cours entièrement théorique. Mon côté franco-français, sans doute. J’imagine sans peine que les étudiants américains préfèrent la pratique, l’action, et j’ai informé monsieur Henderson et madame Cockett (charmant nom, n’est-il pas ?) qu’en France, on aime la réflexion, les intellectuels, et surtout les intellectuels aux moyens modestes. S’il y a bien une chose que nos deux cultures n’ont pas en commun, c’est le mépris de l’argent. Bref, en tout cas, toutes mes questions, suggestions ont été entendues et prises en compte, et mon emploi du temps sera remanié. Je suis bien sûr invitée à m’adresser à eux pour toute question que j’aurais sur... à peu près n’importe quoi. «If you need any help with anything...**». Quel doux refrain à mes oreilles. Le clou de la journée.

* «Puis-je vous aider ?»
** «Si vous avez besoin d’aide pour quoi que ce soit...»

Du déjà vu, déjà lu pour certains...


24 août 2010
Une fourmi parmi tant d’autres à l’aéroport de Philadelphie, en attente de l’embarquement pour State College PA porte 21, terminal F, qui devrait avoir lieu d’ici 1H15. Plus de temps qu’il n’en faut pour raconter mes premiers exploits sur le sol américain. J’en ai réalisé au moins un : je suis là, à un petit vol du but, et je ne me suis pas encore perdue !
Mais reprenons depuis le début : levée à 6h, bouclage des bagages, dernier adieu (déchirant) à ma petite soeur, et en route pour le gai Roissy. Luxe suprême : je suis accompagnée par mes deux parents. Après un petit détour je ne sais où en région parisienne sur une autoroute déviée vers quelque part (mon sens infaillible de l’orientation et moi suivons de près tous nos trajets en voiture), nous sommes arrivés sans encombre à Roissy, avec environ 2h30 d’avance. L’enregistrement prend moins d’une demie-heure («est-ce vous qui avez fait vos bagages ?», «est-ce que quelqu’un que vous ne connaissez pas vous a donné quelque chose ?», on connaît tous la chanson), l’embarquement n’a pas lieu immédiatement. Que faire dans un aéroport pour tromper l’attente ? Prendre un café. Et un croissant pour les plus gourmands. Et le temps d’errer dans un ou deux couloirs et ascenseur pour trouver le-dit café, en passant par la case WC, l’heure a filé. Deuxième adieu (déchirant, lui aussi) : les personnes accompagnant les voyageurs ne peuvent même pas monter à l’étage des embarquements. Bye bye Daddy and Mommy et direction mon passage obligé préféré : la sécurité. Ô surprise ! On ne me demande pas d’enlever mes chaussures ce coup-ci. Et je n’ai même pas oublié d’enlever ma ceinture, ce doit être la première fois que je passe sous le fameux portique sans faire bip-bip. Mais oups, comme il faut toujours que quelque chose m’échappe, flacon d’antiseptique laissé dans mon sac à main me vaut une fouille en règle de ce dernier. Rien de grave, mademoiselle, on l’emballe dans un plastique et vous pouvez prendre la porte. La porte n°24.
Aucun coup de blues pour le moment, pas le temps. Rester concentré(e), trouver sa place, ne pas se tromper de couloir dans l’avion, gauche-droite toute, continuer toujours tout droit, cogner sa valise à tous les sièges, la jucher dans un compartiment prévu à cet effet, y joindre son sac à main, se raviser, le garder avec soi, retirer sa veste, s’asseoir, se relever, retirer l’oreiller qui s’était coincé sous son postérieur... Paré(e) pour le décollage. Je suis dans le rang du milieu, 4 places dont deux seulement d’occupées. Petit luxe en classe économique. Je voyage avec une jeune Française qui part pour quinze jours au Canada. Nous avons évidemment commencé par converser en anglais avant de songer que décollant de Paris toutes les deux, nous avions au moins une chance sur deux de partager la même nationalité et le même idiome.
S’ensuit un vol sans histoire, des pâtes molles au déjeuner noyées dans la sauce tomate, une ou deux boissons, trois-quatre passages aux WC (ne jamais sous-estimer la fréquentation des WC pendant un vol de 8h) et surtout, «movies» ! De bons et moins bons films américains sont au programme, pour le plus grand plaisir de moi et moi-même. «La compagnie US Airways vous souhaite un bon vol»... Très bon, indeed.
Et me voilà, neuf heures plus tard, assise face à un énième tarmac, fière d’avoir réussi à parvenir au terminal F sans perdre mes bagages, sans ennuis au service des douanes le plus intransigeant du monde, qui a d’ailleurs eu le plaisir de recenser mes magnifiques empreintes digitales pour la deuxième fois. Je foule à présent le sol des Etats-Unis, prête pour la réalisation de mon «American dream», un petit séjour d’une année dans une université outrageusement chère aux frais de quelqu’un d’autre (presque, je n’oublie pas le soutien indéfectible et certainement pas négligeable de mes chers parents !). Rendez-vous compte, j’ai même réussi à prendre la bonne navette pour arriver ici. Ceux qui me connaissent comprendront mon soulagement. Mais il faut dire que si j’y allais à pieds, je devais repasser par la case sécurité. Et ici, on retire ses chaussures, après avoir été reniflé par un toutou qui vérifie qu’on ne transporte pas sur soi de bouses de vache ou autres marijuanas très illégales susceptibles de causer des dommages irréversibles à ces millions de citoyens américains qui nous font l’honneur de nous accueillir. Tout cela pour dire que je venais de remettre mes chaussures et que je déteste passer les portiques et les caisses dans lesquelles on vide ses poches d’une troisième main imaginaire, les deux pouces préhenseurs qui sont les nôtres étant déjà très occupés à tenir valise et sac à main d’un côté, billet et passeport de l’autre. Si l’avion est le mode de transport le plus sûr de nos jours, il est aussi le seul qui exige que l’on se déshabille sans même avoir la décence de nous laisser les mains libres. Sur cette note anatomique, je clos ce premier rapport déjà trop détaillé de mon atterrissage Outre-Atlantique.
... J’ai parlé beaucoup trop vite.
Je suis à la porte, de fait à la porte, mon vol a été annulé. Prévu à 17h35, le prochain n’est qu’à 21h15, et je ne sais pas si je pourrai l’avoir. Après, ce sera 22h50, s’il vous plaît ! De quoi pleurer. Pas tant parce que c’est un désastre irrattrapable, mais parce que je suis partie pour attendre au mieux 3h, au pire plus de 4. Et il est minuit sur mon continent à moi... Si mes calculs sont bons, après être partie à 7h ce matin, le vol de 22h50 me fait arriver à... Environ 7h, heure française. 24h debout, à poireauter dans des aéroports. J’aurais espéré une arrivée un peu plus tranquille.
2h plus tard...
Ma chère Maman a eu le plaisir d’entendre le doux son de ma voix vers les 1h du matin en contrée française, grâce à la magie de Skype qui peut appeler les fixes et portables en échange de quelque monnaie sonnante et trébuchante... Comme de bien entendu, le vol de 21h15 m’est passé sous le nez, et je dois attendre jusqu’à 22h50 pour monter à nouveau dans un avion (ô joie), qui m’amènera à un taxi, qui m’amènera à Juniata, qui garde éveillé un monsieur Anderson désigné pour m’accueillir. Pas de chance pour lui, il est le seul que j’aie réussi à joindre. Dieu bénisse au passage ma future colocataire qui sera quand même venue me laisser draps et autres. Et Dieu bénisse les petits vols intérieurs en Amérique. Je sais déjà que je ne referai pas le même trajet après Noël... Heureusement qu’il y a Internet, mon ordinateur, mes bouquins et un bon gobelet de café bien américain pour me faire tenir debout. Ou en l’occurrence, assise. Les couloirs de l’aéroport sont plus calmes, la nuit est tombée sur le ciel gris de Philadelphie. Je vais finir par connaître le coin par coeur. Je ne m’y promène après tout que depuis 8h. J’ai fait toutes les cabines téléphoniques, essayant en vain d’appeler en France avec des cartes téléphoniques dignes de Mathusalem. Que je me sens seule et isolée sans téléphone portable. Vive la technologie. Je retourne à mon épisode de Friends, vestige d’un DVD oublié dans le lecteur de mon ordinateur. Le reste de ma collection est perdu quelque part dans l’aéroport, et j’espère bien la retrouver sans problèmes supplémentaires à l’arrivée tout à l’heure !
Minuit trente : ne jamais parler trop vite. Non seulement mes bagages étaient sur le vol précédent et mon sang n’a fait qu’un tour une fois de plus en ne les voyant pas arriver sur le tapis roulant, mais en plus, le taxi se fait attendre. 24h que je suis levée, et je me trouve dans le noir d’un parking d’aéroport proprement désert. Le gentil monsieur à l’intérieur m’a dit que la compagnie de taxi était débordée. J’apprendrai plus tard par mon chauffeur qu’ils passent un certain temps le soir à ramasser les étudiants soûls de Penn State. Elle finira par me déposer à 1h45 du matin, à moitié endormie, face à un monsieur Anderson qui s’avère être âgé de quelques années de plus que moi seulement. Peut-être même un étudiant. «Hi, I’m Nathan.» Je lui présente mes excuses, très embarrassée de l’avoir obligé à rester à m’attendre si longtemps. Il répond platement que c’est «okay», m’emmène récupérer une clé temporaire pour ma chambre et me conduit à celle-ci, située au deuxième étage de la résidence «Cloister» (cloître en français... je ne sais pas comment je dois le prendre, d’autant que c’est une résidence mixte). Sur ce, bonne nuit et les bras m’en tombent sur la commode qui jouxte mon lit (déjà fait, par une colocataire qui s’annonce décidément très attentionnée). J’y suis (j’y reste ?). Quelques larmes d’épuisement et un brossage de dents plus tard, je me glisse dans des draps d’un rose on ne peut plus flashy. A choisir, j’aurais préféré voir la vie en bleu ou en noir, mais ce soir, j’aurais dormi dans du fuchsia à grosses fleurs jaunes parsemées de paillettes sans même hausser le sourcil. 2h du matin, 8h en France, Paris s’éveille. Welcome to Juniata.

En retard, très en retard



Cela fait longtemps, bien trop longtemps que je n'ai rien posté ici. Non pas qu'il ne se soit rien passé depuis deux, trois semaines, au contraire. Je cours après le temps, je m'éparpille et oublie de poser les mains sur le clavier pour autre chose que mes devoirs (eh oui, comme à l'école, j'ai des exercices notés dans mon cahier de textes à faire tous les soirs) ou de courts mails factuels aux objectifs purement administratifs et pratiques.
What happened?* De tout. La vie. Des jours, des nuits, des personnes. Et pas mal de boulot quelque part au milieu. Je me couche de plus en plus tard, me lève de plus en plus tôt et passe plus de temps à faire la conversation à mes compatriotes et non-compatriotes qu'à bouquiner mes livres scolaires. Conséquence : après de longues soirées à bavarder inlassablement, j'enclenche la sonnerie du réveil pour 7h du matin maximum, histoire de bosser une ou deux heures avant d'aller en cours. Spécialiste de la dernière minute. Je l'ai toujours été, et cela me convient plutôt bien, finalement. J'ai de toute façon une inaptitude totale au stress jusqu'à ce que je me retrouve au pied du mur pour les révisions. Ou plutôt, le stress ne suffit pas à me faire asseoir à mon bureau pour autre chose que de converser un peu plus avec d'autres, en mode virtuel cette fois. Un défaut ? Peut-être. En tout cas un inconvénient quand j'ai une centaine de mots de vocabulaire à retenir avec leurs définitions pour pouvoir décrire l'architecture du Parthénon et de son voisin romain le Panthéon. Rien que d'y penser, je baille aux corneilles. Jamais je ne m'étais endormie en cours avant que l'art grec ne vienne me chanter une berceuse.
Mais qu'importe, j'aime être ici, j'attends le froid avec impatience, les brises d'octobre qui transformeront le campus en un champ de couleurs automnales. Et il restera toujours le soir un ciel plein d'étoiles brillantes et d'une lune incandescente. Vivre au fin fond de nulle part a du bon.

* Que s'est-il passé ?

Photo : Cloister Hall, ma résidence

lundi 6 septembre 2010

Madrid sur mer

L'un des bonheurs pour un Français qui a longtemps vécu à Paris est de terminer ses vacances en se disant qu'elles vont se prolonger à la maison. Pas de retour dans la grisaille de septembre, dans le bruit, les bouchons et le macadam comme tout horizon... Le retour à la maison, à Madrid, c'est encore le soleil, les arbres, quelques longueur dans la piscine le soir en revenant du boulot et le dîner sur la terrasse jusque fin octobre.
Madrid ne cesse de nous surprendre. Ce week-end, nous sommes allés nous baigner dans le "réservoir" (embalse) de San Juan, à une heure de voiture. Au milieu des pins, se trouve ce lac artificiel qui fait partie de l'immense réseau de réservoirs qui alimente en eau Madrid et ses environs.
Les précipitations n'étant guère supérieures à 400mm par an (contre près de 700mm à Paris), on mesure l'importance de ces infrastructures. Les factures d'eau nous informent d'ailleurs de leur niveau de remplissage (75% en ce moment contre 65% il y a un an) et des campagnes de pub nous incitent à économiser l'eau. On y voit, symboliquement, des citoyens consciencieux alignés sur le barrage reverser qui sa baignoire, qui son aquarium dans l'un de ces réservoirs.
En attendant, ce réservoir-ci a aussi des qualités récréatives. Cest le seul où il est permis de se baigner ; les autres ne sont pas aménagés à cette fin voire, représentent un danger en raison de leur rôle. Nous nous sommes donc retrouvés sur une plage, entourés de bateaux et de pédalos. Baignade, observation des poissons, repos du regard sur le paysage, une petite glace pour se remettre de la chaleur... Les vacances continuent à Madrid sur mer !

jeudi 2 septembre 2010

Bingo !

Mercredi soir. Troisième jour depuis le début des cours dans cette petite université perdue dans les montagnes de Pennsylvanie.Plus de 30°C affichés au thermomètre extérieur, et pas d'air conditionné dans ma résidence. Autant dire que les ventilateurs tournent à plein régime.

Au programme ce soir : une séance de Bingo, avec un Ipod comme premier lot. Près de 200 étudiants sont au rendez-vous, prêts à s'entretuer pour une panier rempli de snacks ou un t-shirt estampillé aux couleurs de l'université. On les comprend : à Huntingdon-les-Bains, il n'y a pour ainsi dire rien à faire. A peine quelques salles de cinéma qui diffusent les films à rebours du reste du pays. Assis en tailleur dans le Bookstore - magasin de Juniata, où se trouvent les manuels scolaires et tout le matériel nécessaire à des études dignes de ce nom - un soda à la main et une grille de chiffres accompagnée de petite monnaie comme jetons pour la recouvrir, le jeu peut commencer. Le premier cri ne se fait pas attendre : "Bingo !". Un lot de moins. La hargne des participants envers les "malheureux" gagnants ne fait que grandir à mesure que les prix sont distribués. Le Ipod échoue entre les mains d'une Française, Violaine, suscitant les regrets de nombre d'entre nous. Deux sacs à fleurs, deuxième prix d'une valeur de près de 300$ paraît-il, et passablement laids selon mon humble goût, ont la bonne idée de choisir le délicat poignet d'une jeune fille plutôt que d'un garçon pour être emportés.

Les lots disparaissent, la tension redescend. Bientôt, il ne reste plus qu'un short de sport, que ma colocataire aura l'honneur de gagner. Dernier "Bingo !", suivi immédiatement de : "Mais que vais-je bien pouvoir en faire ?". La dure loi du hasard a parlé. Chacun rejoint ses pénates, ou pas. Quelques joyeux lurons retournent dans leurs chambres le temps d'attraper un petit sac à dos. De retour dehors, le sac en question résonne d'un bruit de verre qui s'entrechoque au rythme de leurs pas. Quelques bouteilles pleines d'une boisson "légèrement" alcoolisée, peut-être ? Soit l'autre moyen de passer une bonne soirée (après le loto, bien sûr). Tchin, guys, ce soir, c'est la bière le ticket gagnant. Bonne nuit à vous, et surtout bon réveil...

mercredi 1 septembre 2010

Pendule humaine

Comme tu parles de ton emploi du temps, cela me rappelle que moi aussi "j'ai fait ma rentrée". Au bureau, bien sûr. J'ai un peu de mal à me remettre dans le rythme, sachant que le climat de Madrid invite encore aux vacances (un plouf dans la piscine après le bureau, je recommande !).
Mais je constate chaque matin que je fais des progrès pour partir plus tôt de la maison. Je le mesure grâce à une dame que je croise tous les matins. La dame en question est manifestement sud-américaine et, disons, pas très sportive ni très gracieuse. Mais sa ponctualité l'a transformée pour moi en une véritable "pendule humaine".
Au début, je la croisais en bas de la maison. Puis, dans la rue suivante ; elle montait la côte avec peine. Le jour suivant, c'était près d'un arrêt de bus, encore plus bas. Au début de cette semaine, je la croisais dans la ruelle qui mène au métro. A chaque fois, je regardais ma montre et mesurais aussi bien sa ponctualité que mes propres progrès dans ce domaine.
Ce matin, je l'ai croisée alors qu'elle attendait l'ascenseur dans la station de métro. Demain, je risque de ne plus la croiser ! Je ne m'en plaindrai pas, si ce n'est pour ces précieuses minutes en moins dans mon lit douillet.
De toute façon, j'ai déjà un autre rendez-vous : à l'heure normale, je croise tous les jours le jardinier de notre lotissement. J'en ferai ma nouvelle pendule !