vendredi 24 septembre 2010

Du déjà vu, déjà lu pour certains...


24 août 2010
Une fourmi parmi tant d’autres à l’aéroport de Philadelphie, en attente de l’embarquement pour State College PA porte 21, terminal F, qui devrait avoir lieu d’ici 1H15. Plus de temps qu’il n’en faut pour raconter mes premiers exploits sur le sol américain. J’en ai réalisé au moins un : je suis là, à un petit vol du but, et je ne me suis pas encore perdue !
Mais reprenons depuis le début : levée à 6h, bouclage des bagages, dernier adieu (déchirant) à ma petite soeur, et en route pour le gai Roissy. Luxe suprême : je suis accompagnée par mes deux parents. Après un petit détour je ne sais où en région parisienne sur une autoroute déviée vers quelque part (mon sens infaillible de l’orientation et moi suivons de près tous nos trajets en voiture), nous sommes arrivés sans encombre à Roissy, avec environ 2h30 d’avance. L’enregistrement prend moins d’une demie-heure («est-ce vous qui avez fait vos bagages ?», «est-ce que quelqu’un que vous ne connaissez pas vous a donné quelque chose ?», on connaît tous la chanson), l’embarquement n’a pas lieu immédiatement. Que faire dans un aéroport pour tromper l’attente ? Prendre un café. Et un croissant pour les plus gourmands. Et le temps d’errer dans un ou deux couloirs et ascenseur pour trouver le-dit café, en passant par la case WC, l’heure a filé. Deuxième adieu (déchirant, lui aussi) : les personnes accompagnant les voyageurs ne peuvent même pas monter à l’étage des embarquements. Bye bye Daddy and Mommy et direction mon passage obligé préféré : la sécurité. Ô surprise ! On ne me demande pas d’enlever mes chaussures ce coup-ci. Et je n’ai même pas oublié d’enlever ma ceinture, ce doit être la première fois que je passe sous le fameux portique sans faire bip-bip. Mais oups, comme il faut toujours que quelque chose m’échappe, flacon d’antiseptique laissé dans mon sac à main me vaut une fouille en règle de ce dernier. Rien de grave, mademoiselle, on l’emballe dans un plastique et vous pouvez prendre la porte. La porte n°24.
Aucun coup de blues pour le moment, pas le temps. Rester concentré(e), trouver sa place, ne pas se tromper de couloir dans l’avion, gauche-droite toute, continuer toujours tout droit, cogner sa valise à tous les sièges, la jucher dans un compartiment prévu à cet effet, y joindre son sac à main, se raviser, le garder avec soi, retirer sa veste, s’asseoir, se relever, retirer l’oreiller qui s’était coincé sous son postérieur... Paré(e) pour le décollage. Je suis dans le rang du milieu, 4 places dont deux seulement d’occupées. Petit luxe en classe économique. Je voyage avec une jeune Française qui part pour quinze jours au Canada. Nous avons évidemment commencé par converser en anglais avant de songer que décollant de Paris toutes les deux, nous avions au moins une chance sur deux de partager la même nationalité et le même idiome.
S’ensuit un vol sans histoire, des pâtes molles au déjeuner noyées dans la sauce tomate, une ou deux boissons, trois-quatre passages aux WC (ne jamais sous-estimer la fréquentation des WC pendant un vol de 8h) et surtout, «movies» ! De bons et moins bons films américains sont au programme, pour le plus grand plaisir de moi et moi-même. «La compagnie US Airways vous souhaite un bon vol»... Très bon, indeed.
Et me voilà, neuf heures plus tard, assise face à un énième tarmac, fière d’avoir réussi à parvenir au terminal F sans perdre mes bagages, sans ennuis au service des douanes le plus intransigeant du monde, qui a d’ailleurs eu le plaisir de recenser mes magnifiques empreintes digitales pour la deuxième fois. Je foule à présent le sol des Etats-Unis, prête pour la réalisation de mon «American dream», un petit séjour d’une année dans une université outrageusement chère aux frais de quelqu’un d’autre (presque, je n’oublie pas le soutien indéfectible et certainement pas négligeable de mes chers parents !). Rendez-vous compte, j’ai même réussi à prendre la bonne navette pour arriver ici. Ceux qui me connaissent comprendront mon soulagement. Mais il faut dire que si j’y allais à pieds, je devais repasser par la case sécurité. Et ici, on retire ses chaussures, après avoir été reniflé par un toutou qui vérifie qu’on ne transporte pas sur soi de bouses de vache ou autres marijuanas très illégales susceptibles de causer des dommages irréversibles à ces millions de citoyens américains qui nous font l’honneur de nous accueillir. Tout cela pour dire que je venais de remettre mes chaussures et que je déteste passer les portiques et les caisses dans lesquelles on vide ses poches d’une troisième main imaginaire, les deux pouces préhenseurs qui sont les nôtres étant déjà très occupés à tenir valise et sac à main d’un côté, billet et passeport de l’autre. Si l’avion est le mode de transport le plus sûr de nos jours, il est aussi le seul qui exige que l’on se déshabille sans même avoir la décence de nous laisser les mains libres. Sur cette note anatomique, je clos ce premier rapport déjà trop détaillé de mon atterrissage Outre-Atlantique.
... J’ai parlé beaucoup trop vite.
Je suis à la porte, de fait à la porte, mon vol a été annulé. Prévu à 17h35, le prochain n’est qu’à 21h15, et je ne sais pas si je pourrai l’avoir. Après, ce sera 22h50, s’il vous plaît ! De quoi pleurer. Pas tant parce que c’est un désastre irrattrapable, mais parce que je suis partie pour attendre au mieux 3h, au pire plus de 4. Et il est minuit sur mon continent à moi... Si mes calculs sont bons, après être partie à 7h ce matin, le vol de 22h50 me fait arriver à... Environ 7h, heure française. 24h debout, à poireauter dans des aéroports. J’aurais espéré une arrivée un peu plus tranquille.
2h plus tard...
Ma chère Maman a eu le plaisir d’entendre le doux son de ma voix vers les 1h du matin en contrée française, grâce à la magie de Skype qui peut appeler les fixes et portables en échange de quelque monnaie sonnante et trébuchante... Comme de bien entendu, le vol de 21h15 m’est passé sous le nez, et je dois attendre jusqu’à 22h50 pour monter à nouveau dans un avion (ô joie), qui m’amènera à un taxi, qui m’amènera à Juniata, qui garde éveillé un monsieur Anderson désigné pour m’accueillir. Pas de chance pour lui, il est le seul que j’aie réussi à joindre. Dieu bénisse au passage ma future colocataire qui sera quand même venue me laisser draps et autres. Et Dieu bénisse les petits vols intérieurs en Amérique. Je sais déjà que je ne referai pas le même trajet après Noël... Heureusement qu’il y a Internet, mon ordinateur, mes bouquins et un bon gobelet de café bien américain pour me faire tenir debout. Ou en l’occurrence, assise. Les couloirs de l’aéroport sont plus calmes, la nuit est tombée sur le ciel gris de Philadelphie. Je vais finir par connaître le coin par coeur. Je ne m’y promène après tout que depuis 8h. J’ai fait toutes les cabines téléphoniques, essayant en vain d’appeler en France avec des cartes téléphoniques dignes de Mathusalem. Que je me sens seule et isolée sans téléphone portable. Vive la technologie. Je retourne à mon épisode de Friends, vestige d’un DVD oublié dans le lecteur de mon ordinateur. Le reste de ma collection est perdu quelque part dans l’aéroport, et j’espère bien la retrouver sans problèmes supplémentaires à l’arrivée tout à l’heure !
Minuit trente : ne jamais parler trop vite. Non seulement mes bagages étaient sur le vol précédent et mon sang n’a fait qu’un tour une fois de plus en ne les voyant pas arriver sur le tapis roulant, mais en plus, le taxi se fait attendre. 24h que je suis levée, et je me trouve dans le noir d’un parking d’aéroport proprement désert. Le gentil monsieur à l’intérieur m’a dit que la compagnie de taxi était débordée. J’apprendrai plus tard par mon chauffeur qu’ils passent un certain temps le soir à ramasser les étudiants soûls de Penn State. Elle finira par me déposer à 1h45 du matin, à moitié endormie, face à un monsieur Anderson qui s’avère être âgé de quelques années de plus que moi seulement. Peut-être même un étudiant. «Hi, I’m Nathan.» Je lui présente mes excuses, très embarrassée de l’avoir obligé à rester à m’attendre si longtemps. Il répond platement que c’est «okay», m’emmène récupérer une clé temporaire pour ma chambre et me conduit à celle-ci, située au deuxième étage de la résidence «Cloister» (cloître en français... je ne sais pas comment je dois le prendre, d’autant que c’est une résidence mixte). Sur ce, bonne nuit et les bras m’en tombent sur la commode qui jouxte mon lit (déjà fait, par une colocataire qui s’annonce décidément très attentionnée). J’y suis (j’y reste ?). Quelques larmes d’épuisement et un brossage de dents plus tard, je me glisse dans des draps d’un rose on ne peut plus flashy. A choisir, j’aurais préféré voir la vie en bleu ou en noir, mais ce soir, j’aurais dormi dans du fuchsia à grosses fleurs jaunes parsemées de paillettes sans même hausser le sourcil. 2h du matin, 8h en France, Paris s’éveille. Welcome to Juniata.

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