Déjà hier soir, quelques messages me souhaitaient un bon anniversaire... Ils ont été confirmés à mon réveil, lorsque j'ai vu trôner sur mon bureau une douzaine de "cupcakes" au chocolat cuisinés spécialement pour moi par ma colocataire, qui s'empressait de m'adresser un "happy birthday!" enjoué. "Ils sont au chocolat noir, bien noir, comme tu aimes". Un délice, en effet. La photo en témoigne presque à elle seule. C'était sans compter sur les jolies boucles d'oreilles qu'Hannah (ma colocataire) devait ensuite m'offrir, accompagnées d'une espèce de matelas mousse, utilisé communément ici pour rendre les matelas des lits plus confortables. En un mot, la meilleure colocataire du monde venait de donner un sacré coup de boost à un réveil d'abord peu enthousiaste (on ne peut pas dire que je sois vraiment du matin)... :)
S'ensuivent deux heures de cours, avec Cyrielle, une amie française qui ne m'avait pas oubliée non plus, et un déjeuner avec les internationaux où les voeux d'anniversaire ont plu. Un voeu plus étrange, cependant, et même quelque peu perturbant, m'a été adressé par l'université elle-même, au détour d'une carte qui me souhaitait un joyeux 21ème anniversaire. Charmant, jusqu'ici. J'ouvre la carte, et que lis-je ? Les statistiques du nombre d'étudiants qui meurent chaque année à cause de leur consommation d'alcool. Il est vrai que l'âge légal ici pour boire est de 21 ans et qu'il est bon de rappeler à la prudence, mais tout de même, merci pour le message d'encouragement en un jour si particulier. Entre rire et froncements de sourcils, j'engouffre la carte dans mon sac. De retour dans ma chambre, et avant de me lancer dans d'interminables conversations sur Skype avec la France, je vérifie rapidement mes emails. Ô surprise, belle surprise, ma prof d'histoire de l'art a annulé le cours. Je ne m'endormirai pas en amphi aujourd'hui... et attendrai jeudi pour avoir le plaisir, ou le déplaisir, de recevoir ma note au test de la semaine dernière. La journée continue de s'ensoleiller, au propre comme au figuré, puisque la pluie a cédé la place à quelques rayons de soleil en fin de matinée. J'ai ensuite passé deux heures à converser en français, avec grands-parents, parents et soeurs, dont les voeux d'anniversaire m'ont fait très plaisir, avec une légère pointe de nostalgie vis-à-vis de mon pays natal à la clé... de courte durée, je l'avoue. Pas le temps de larmoyer, j'avais rendez-vous avec Nathan, qui coordonne les étudiants internationaux. L'objectif était simplement de faire le point, un mois après notre arrivée. Questions, commentaires, inquiétudes, règles à suivre... Je me suis même vu demander mon âge - histoire de savoir si j'étais autorisée à boire de l'alcool ici ou non, ce à quoi j'ai répondu avec un petit sourire : "21 today". "Happy birthday!" Je ne me lassais pas de l'entendre, décidément.
Vint malgré tout l'heure la plus ennuyeuse de mes mardis, le cours d'informatique, qui fait un tour d'horizon des logiciels à maîtriser vaguement pour suivre le meilleur parcours universitaire possible. Au programme ce 28 septembre : un exercice pratique pour la recherche en bibliothèque. Je ronflais déjà avant de venir. Choisissez un sujet sur lequel travailler, et trouvez un livre qui s'y rapporte, deux articles de périodiques, ainsi qu'un élément Internet. Faites-en une bibliographie détaillée et commentée. Je n'en ai pas fait la moitié en une heure, et aurai tout à terminer par moi-même pour le 15 octobre. Ô joie... Mais rien ne pouvait entamer ma bonne humeur. Excepté le fait de ne trouver personne chez qui me réfugier ensuite. Les trois ou quatre portes auxquelles j'ai frappé sont demeurées closes. N'importe, je suis allée à la bibliothèque répondre à un ou deux mails en attente. Dieu seul sait ce qui m'a pris, les ordinateurs américains utilisent un clavier qwerty. Autant dire un clavier sans les accents et avec la moitié de la ponctuation et le quart des lettre placés ailleurs qu'en France. Le temps que je m'y retrouve, l'heure du dîner avait sonné.
19h, rendez-vous devant Baker, le restaurant universitaire ou paradis du fast-food américain comme on ne l'aime pas du tout. Pour ce soir, ce sera riz au curry et légumes baignant dans la graisse et les épices. Ce n'est pas idéal, mais cela change de la pizza et ce sont les seuls éléments verts qu'on trouve ici en dehors des crudités. La suite des évènements prévoit une séance de cinéma, dans une petite salle quelque part dans Huntingdon. Je n'ai pas vu un grand écran depuis plusieurs mois. En attendant de se mettre en route, je suis Cyrielle et Marion jusqu'à South Hall, leur résidence, pour profiter de l'air qui se rafraîchit et simplement passer le temps avant de partir. Du moins c'est ce que je croyais. Les deux, trois internationaux que j'ai aperçus dans le coin - et que je n'aperçois jamais dans le coin - auraient dû me mettre la puce aux écoutilles. Que nenni, en gourde parfaite, j'ai fait l'impasse sur les multiples gaffes de certains au cours du dîner et sur les allées et venues. Mes yeux et mes oreilles se sont tout de même enfin ouverts lorsque la porte de la résidence a laissé place à une quinzaine de personnes me chantant un "happy birthday to you" assorti de deux gâteaux pleins de crème comme on n'en trouve qu'en terre américaine. Deux grosses bougies en forme de 2 et 1 couronnaient les desserts. J'ai su plus tard que j'avais piqué un fard magistral. J'étais en tout cas dans mes petits souliers face au geste de ce groupe que je connais depuis un mois seulement. Me retenant de pleurer, j'ai fait un voeu - "Non, Clémence, fais-en deux, il y a deux gâteaux !", avant d'expirer sur mes bougies comme une grande. Le vent m'avait pourtant soufflé la priorité pour l'une d'entre elles quelques secondes auparavant. J'ai pris ma revanche sur l'importun en la rallumant moi-même et en me brûlant le doigt au passage. Photo, flash, photo, flash, puis direction le "lounge" (salon) de South Hall pour la dégustation. Le chocolat a eu plus de succès que la cerise...
Une heure et des poussières plus tard, je m'asseyais sur un siège passablement inconfortable de la salle de cinéma antique d'Huntingdon, gracieusement invitée par mes chères Françaises à admirer George Clooney parader dans The American. Le film ne ressemblait pas du tout au blockbuster plein d'action auquel je m'attendais, pour mon plus grand plaisir, à vrai dire. Très peu de musique, économie de mots, dialogues ascètes, surprenant pour un film hollywoodien... qui n'avait rien d'hollywoodien au générique. L'ensemble respirait l'Europe. Monsieur George était probablement l'unique représentation de la patrie de Big Sam dans cette oeuvre... What else?* Que demander de mieux ? Un peu de sobriété et de réalisme me convenait parfaitement.
Ainsi s'achevait ma journée d'anniversaire, avec encore quelques "fragments" de conversation glanés ici et là avec certains restés travaillés en bibliothèque, et que j'ai empêchés d'atteindre leur objectif :) La bibliothèque ferme à une heure du matin en semaine, me forçant à rejoindre enfin ma chambre, en essayant de ne pas réveiller ma colocataire, probablement endormie depuis longtemps. Inutile de dire que je n'étais pas pressée d'aller me coucher... même si toutes les bonnes choses doivent avoir une fin, qui pourrait nous en vouloir de les faire durer autant que possible ? Dernier cadeau dans ma boîte mail : un de mes cours de demain a été annulé également. Je n'aurai qu'un mot : yeeeeessssssss...
*What else = quoi d'autre, et aussi le fameux slogan des publicités Nespresso, dans lesquels George Clooney apparaît depuis plusieurs années.
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