jeudi 2 décembre 2010

Amis poètes, bonjour !

¡Cuanto tiempo! Long time no see! Ou plutôt : Long time no write! J'ai été encore moins assidu que toi sur ce blog. Cela montre que partager l'écriture la stimule.

Ce matin, une demande de l'un de nos lecteurs m'a surpris. Ce lecteur veut voir de la poésie ! Peut-être n'était-ce pas le but initial du blog tel que je le voyais mais, après tout, la poésie est un merveilleux vecteur pour partager ses pensées.

C'est aussi un art très formateur pour l'écriture ; de l'exigence qu'elle impose jaillissent la quintessence, la densité, l'indispensable union du fond et de la forme.

Commençons par une forme classique que nous connaissons tous pour avoir dû peiner à les apprendre en cours de français, une heure après des exercices sur les intégrales et une heure avant des expériences sur l'amidon cuit. Souvent, par conséquent, sans en goûter vraiment tout le miel. Le sonnet est formé de deux quatrains et de deux tercets, soit 14 alexandrins.

Il a été utilisé à partir de la Renaissance et jusqu'à la période romantique. Devenu trop classique, son exigence formelle finit par l'emporter sur le fond. La fin du XIXème a constitué une rupture révolutionnaire, apportant de nouvelles formes de poésie. Par exemple, Rimbaud montre bien qu'il se situe à la charnière. Sorti de la gangue classique, il innove tout en restant fortement marqué par l'alexandrin. Son alter ego, Verlaine, se fait l'apôtre du vers en 7 pieds ("Les longs violons de l'automne...") pour briser les chaînes devenues dictatoriales de l'alexandrin. Hugo, plus vieux, n'en est jamais vraiment sorti mais le mouvement poétique était si naturel en lui qu'il aurait pu faire des merveilles sous n'importe quelle forme.

Cela étant dit, rien ne nous empêche de retourner à la source du sonnet pour y puiser cette douce beauté classique de la langue. Voici en tout cas une de mes tentatives, qui a presque 20 ans. ¡Aprovechad! Enjoy!

L’oiseau miraculé

L’oiseau transi blotti au tréfonds de mon cœur
Ton sourire l’a caressé, l’a rassuré.
Doucement, tu lui as redonné une ardeur
Et aux ailes blanches la force de voler.

Yeux écarquillés, ailes déployées, il part.
Le temps laissant sa marque, il était engourdi.
Ivre de liberté, il plane quelque part
En moi. Il ne croyait plus, et tu as souri.

Empli de ciel bleu et de bruissement d’ailes,
Mon cœur s’est envolé, comme un miraculé,
Comme un paralysé se remet à marcher.

L’oiseau trace des lignes d’amour dans le ciel,
Y pose les notes de son chant retrouvé,
Musique de louange à qui l’a libéré.

Jean Haguet, février 1991


Un petit point de technique pour les amateurs : la diérèse est la possibilité de dissocier une syllabe qui contient deux voyelles pouvant être lues indépendemment. Ici, "bruissement" contient 4 pieds car la syllabe "bruis" peut être lue "bru-is". Au-delà de la liberté qu'elle procure, la diérèse permet d'ajouter un effet sonore poétique : ici, elle évoque le mouvement d'aile de l'oiseau et le son délicat qu'il produit. Prononcez le mot des deux manières, vous verrez...  ;-)

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